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Cyril Gueï, acteur, quoi !

L'école ? Pas pour Cyril Gueï. Le collège, à Nanterre, lui aura fait découvrir les planches. © Frédérique Jouval pour J.A.

À l'affiche de "Grigris", Cyril Gueï, le comédien d'origine ivoirienne s'est d'abord imposé au théâtre. Peter Brook hier, Mahamat-Saleh Haroun aujourd'hui : il séduit les plus grands.

Dans le dernier film du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Grigris, un caïd violent de N’Djamena nommé Moussa est trafiquant d’essence. Dans la vraie vie, son interprète, Cyril Gueï, est un passionné des planches. Dans un bistrot parisien niché en plein coeur du quartier de Pigalle, il se fond dans le décor, tout en attirant vers lui les regards bienveillants. Une sorte de « chic type » de 35 ans, belle gueule, un peu bourgeois bohème, le côté énervant en moins. Il habite à deux pas et connaît la capitale française – où il est né – comme sa poche. Cette touche parisienne semble ne plus le quitter : le béret, le petit pull, l’accent et les tics de langage, comme cet insolent et charmant « quoi » qui termine chacune de ses phrases. « Quand il m’a proposé le rôle, j’ai accepté tout de suite ! C’est quand même Haroun, quoi. » Comprenez : un film du réalisateur d’Un homme qui crie, prix du jury au Festival de Cannes 2010, ne se refuse pas. « En plus, c’est un film africain et je n’en avais jamais fait auparavant », dit-il.

L’acteur s’est rendu plusieurs fois sur le continent : au Sénégal, au Mali, au Rwanda, en Afrique du Sud, au Tchad. Français d’origine ivoirienne, il a été élevé comme ses trois soeurs, avec le souci de garder un lien avec leurs racines. Il n’est allé au pays que deux fois, en 2002 puis début 2013, et y retournera bientôt avec sa fille, à qui il veut présenter cette grand-mère, âgée de plus de 100 ans, dont il parle avec fierté.

Si Haroun l’a choisi lui, ce n’est pas par hasard. Cyril Gueï est l’un des acteurs noirs les plus en vue de l’Hexagone. Il enchaîne, depuis près de treize ans, les rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision. En plus de Grigris, sorti le 10 juillet en France, il est à l’affiche des Reines du ring, de Jean-Marc Rudnicki, et de Joséphine, d’Agnès Obadia, tous deux déjà sur les écrans français.

Le théâtre dans les tripes

Fuyant presque les feux des projecteurs, il vient seulement de prendre une attachée de presse et n’a même pas assisté au dernier Festival de Cannes, pour lequel Grigris était le seul film africain sélectionné. « J’étais en tournage et je n’ai pu me libérer », explique-t-il. Beaucoup auraient, à sa place, passé outre… Pas lui.

Ce « pro » est tombé amoureux de l’art dramatique durant ses cours de français en sixième, dans son collège de Nanterre (Hauts-de-Seine). Il découvre les comédies de Molière et s’inscrit à des ateliers théâtraux. « J’étais en échec scolaire. Le théâtre me prenait déjà les tripes », se souvient-il. À 18 ans, il est en seconde – après trois redoublements – et abandonne les cours. Il décide alors de passer le concours du très sélectif Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, où il sera reçu en 1997. Au programme des auditions : Andromaque, Cyrano de Bergerac… « Tous les candidats étaient habillés en noir et blanc. Moi, j’ai débarqué avec un jean marron et un tee-shirt vert ! Ils me regardaient tous comme un extraterrestre. » Un décalage qui le suivra pendant les trois années d’études, qu’il juge encore aujourd’hui… « relou ». « C’était une formation très parisienne, dans l’intellect, sans dimension corporelle. Bref, trop intello et pas assez rock’n’roll ».

Parti « sans se retourner », il rencontre Peter Brook, la « bonne personne, à la bonne époque », et tout s’enchaîne. Le metteur en scène britannique, féru des acteurs « africains », le fait débuter dans Le Costume, aux côtés de Sotigui Kouyaté et d’Hubert Koundé. Durant les neuf années suivantes, il ne quittera plus les planches et jouera dans onze pièces – classiques ou contemporaines -, dirigé par Irina Brook, Eva Doumbia ou Habib Naghmouchin. Boulimique, il multiplie les représentations, les actes, les dialogues, avec pour seule condition qu’ils soient « beaux ».

Trois films par an

Le cinéma est une suite logique qu’il aborde, comme le théâtre, par tâtonnements. Il obtient des petits rôles dans des films de figures du cinéma français (Yvan Attal, Claude Chabrol…). À partir de 2007, lorsqu’il se consacre entièrement au 7e art, il décroche des rôles plus consistants. Dès lors, il tourne au moins un film par an, et, depuis deux ans, au moins trois. Dans L’Autre, sorti en 2008, il est un amant pris dans une relation passionnelle, et devient un étudiant rwandais dans Lignes de front en 2010.

Pourtant, il répète qu’il n’est « pas arrivé au stade où les scénarios viennent naturellement » à lui. Il se rend à des castings où les acteurs noirs de France se retrouvent souvent en compétition, « malgré leur différence d’âge ». Mais « ils se connaissent presque tous » et s’apprécient.

Son rêve ? « Jouer avec Jacques Audiard, comme tous les acteurs… » Ce monument du cinéma français connu pour « gratter au maximum ses personnages » a offert à plusieurs acteurs le grand rôle, celui qui métamorphose une carrière. « Le genre de rôle qui rend le métier de comédien génial, quoi. »

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