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Sibongile Mbambo, à la recherche du tempo perdu

Écrit par Léo Pajon

La chanteuse native du Cap, Sibongile Mbambo, signe des textes volontiers mélancoliques. © Patrick Gherdoussi

D´origine sud-africaine, Sibongile Mbambo, alias Bongi, a redécouvert la musique de son pays natal... à Marseille, sa ville d´adoption. Elle défend aujourd´hui des compositions métisses.

Lorsqu´elle s´avance, sur scène, on remarque d´abord de petits points blancs qui prolongent son regard, une coquetterie qui rappelle le maquillage de son ethnie sud­-africaine, les Xhosas. Et puis il y a sa coiffure, déclinée en tresses ou chignons, selon l´humeur, évoquant aussi bien la mode africaine que chinoise. Une chanson plus loin, elle virevolte, exécutant quelques pas de danse zouloue dans une robe façonnée par une créatrice marseillaise. Du haut de ses 34 printemps, Sibongile Mbambo est un concentré d´influences éclectiques et électriques, qui donne des ailes jazz à la musique traditionnelle sud-africaine.

« Lorsque je suis arrivée à Marseille, je ne pensais pas devenir chanteuse professionnelle », explique-t-elle aujourd´hui, dans un français un peu hésitant. Cette enfant du Cap qui a grandi sous l´apartheid se souvient pourtant d´une jeunesse immergée dans la musique. En tant que choriste, surtout, elle chante du reggae et du jazz, reprend Miriam Makeba ou Billie Holiday. « Au Cap, la musique et la danse xhosas étaient partout dans les rues lors des fêtes, mais aussi lors des mariages, des enterrements… j´ai grandi avec, mais je ne m´y intéressais pas vraiment. » C´est la pop américaine, diffusée en boucle à la radio, qu´elle fredonne alors spontanément. Paradoxalement, ce n´est qu´après son installation définitive en France, dans la capitale phocéenne, à partir de 2001, qu´elle redécouvre ses racines, épaulée par la chanteuse Madosini, grande dame de la musique traditionnelle xhosa. Après avoir multiplié les projets (Ilanga, un groupe d´afro-soul, ou une collaboration avec le slameur d´origine comorienne Ahamada Smis), Sibongile Mbambo se sent mûre pour une aventure plus personnelle.

Ce qui surprend d´abord les non-­initiés, dans son chant grave, ce sont les claquements de langue caractéristiques de la langue xhosa, qui font exploser les consonnes et rythment les mélodies. Percutante, Sibongile, alias Bongi, utilise aussi une « Bongi-box », une simple poubelle en plastique (qui vient du Cap !) sur laquelle elle s´assoit et joue avec des mailloches (sortes de baguettes à bouts ronds). Elle s´accompagne aussi à l´udu, un instrument à percussion en forme de vase, et en frappant dans ses mains. Ses textes, volontiers mélancoliques, évoquent l´amour, la mort, les fantômes ou la nostalgie du pays. « There is no place like home », murmure cette déracinée qui rêve d´Afrique du Sud quand elle est en France… et se languit de Marseille lorsqu´elle visite sa famille restée au Cap.

Frédéric Salles, à la guitare, reproduit les polyrythmies des musiques traditionnelles xhosas

Sur scène, elle invite à un véritable voyage musical, solidement encadrée par trois excellents « stewards » français. À la guitare acoustique, Frédéric Salles reproduit avec ses six cordes les polyrythmies des arcs musicaux traditionnels xhosas (qui accompagnent par exemple Madosini), qui font entendre à la fois des notes basses et des mélodies avec les harmoniques aigus. Aux flûtes, saxophone et chant diphonique (produisant là aussi plusieurs sons en même temps), Lamine Diagne livre des solos jazz habités et planants. Dimitri Reverchon, aux percussions, complète cette mosaïque d´influences en mêlant aux rythmes apportés par Sibongile des sons venus aussi bien d´Europe que d´Afrique de l´Ouest (comme la calebasse).

Ce cocktail coloré, épicé, complexe, vous pourrez le déguster en concert au festival Bastid´Art, à Miramont-de-Guyenne (Lot-et-Garonne), le 4 août, et au festival Monte le son, à Paris, le 22 novembre. Un album est également prévu pour le début de 2014 chez Colombe Records.

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