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Kah Walla : la présidente de CPP contre le Sénat

Kah Walla a été candidate à la présidentielle de 2011. © Nicky Aina

Kah Walla, la présidente du Cameroon People's Party juge le Sénat inutile et coûteux. Et le clame haut et fort.

Elle le jure, cette fois, ce n’est que pure coïncidence. La tenue de l’université du Cameroon People’s Party (CPP) en juin, à Yaoundé, au moment où le tout nouveau Sénat faisait ses premiers pas, n’avait rien d’une provocation. Tout le mal qu’Édith Kahbang Walla, alias Kah Walla, pense de cette "institution inutile", elle l’a dit lors des "vendredis noirs", journées de protestation pacifiques menées par des militants tout de noir vêtus scandant le même slogan : "Non au Sénat, oui à l’eau et à l’électricité pour les Camerounais !"

La pasionaria du CPP a fait ses calculs. D’ici à cinq ans, la nouvelle institution coûtera au contribuable entre 30 et 40 milliards de F CFA (entre 45,7 et 60,9 millions d’euros), l’équivalent de la somme nécessaire pour approvisionner en eau potable 60 % des Camerounais. Nul besoin de préciser qu’elle ne s’est pas portée candidate aux sénatoriales. "Nous avions prévu de rejeter toute nomination de l’un des nôtres au Sénat, quoi qu’il arrive", explique-t-elle.

Femme politique, chef d’entreprise, mère de famille… Kah Walla est polyvalente

Femme politique, chef d’entreprise et pur produit de la société civile, Kah Walla, 48 ans, née au Nigeria et diplômée de l’université Howard, à Washington, affirme être sur la même longueur d’onde qu’une grande majorité de Camerounais.

Malgré l’installation du Sénat, les vendredis noirs vont se poursuivre. Seule responsable de l’opposition à donner encore de la voix, elle prédit dans un rire qu’elle aura, comme à l’accoutumée, maille à partir avec la police. Ce fut le cas lors de la manifestation contre le projet de code électoral, en avril 2012, ou pendant l’hommage, un an auparavant, aux victimes des émeutes de la faim de 2008.

Sa stratégie est de parier sur les élections et d’encourager les mouvements sociaux. L’ex-candidate à la présidentielle de 2011, qui n’exclut pas de se représenter en 2017, est déjà dans les starting-blocks pour les municipales et les législatives, prévues le 30 septembre. Afin de commencer à s’y préparer, Kah Walla avait envisagé un congrès du CPP en juin à Sangmélima, l’un des "pôles d’énergie" abritant ses militants les plus actifs – un paradoxe, puisque c’est aussi le fief du président Paul Biya. Mais, soumis à des pressions, les prestataires de services ont jeté l’éponge. "Chaque millimètre du sol camerounais appartient à tous les Camerounais", soutient Kah Walla, qui ne renonce pas, et jure qu’un congrès du CPP se tiendra bien à Sangmélima…

Si elle est souvent présentée comme le visage féminin de la politique dans le pays, cette mère de sept enfants adoptifs conserve sa casquette de chef d’entreprise, plus de vingt ans après la création de Stratégies, son cabinet d’événementiel et de conseil en leadership. "Parce que j’ai la chance de réaliser 80 % de mon chiffre d’affaires hors du territoire." Pas besoin donc de compromission avec le pouvoir.

Elle met en avant ses consultations au sein de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), de la Communauté de l’Afrique de l’Est, à propos de l’agriculture, de la paix et de la démocratie sur le continent, ainsi que de l’intégration régionale. Elle peut ainsi se targuer d’une bonne compréhension des problèmes africains, établir des comparaisons et étudier les modèles transposables au Cameroun. En gardant présent en filigrane le mot d’ordre de son parti : "Le peuple d’abord." Un peuple exsangue, à ses yeux, qui se doit de reprendre le pouvoir pour que le Cameroun consolide sa position de leader économique en Afrique centrale.

On dit le CPP financé par des institutions américaines, auprès desquelles Kah Walla jouit d’une bonne réputation. Adepte des techniques modernes de communication pour mobiliser, elle revendique plus de 30 000 correspondants sur internet, notamment des jeunes. Mais il lui manque une structure sur laquelle s’appuyer pour fédérer durablement toutes les personnes acquises à sa cause. Car, malheureusement, les jeunes qu’elle mobilise sont pour la plupart des diplômés sans emploi, qui espèrent ainsi attirer l’attention sur leurs problèmes.

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