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France – Libye : Amesys, de la Toile à la taule

Le programme de surveillance informatique avait été fourni en 2007 par la France. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

L'entreprise française Amesys, filiale de Bull, est accusée de "complicité de torture". Elle vendait ses services au régime de Kadhafi pendant la révolte de 2011.

Combien de Libyens comme Mahmoud, Zeineb, Hamed, Mohamed et Souleimane ont été arrêtés et torturés par les sbires de Kadhafi grâce aux services d’Amesys, filiale de l’entreprise française d’informatique Bull ? Le 20 août, le site Mediapart dévoilait des extraits des témoignages de ces cinq Libyens devant des juges parisiens spécialisés dans les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides, après une plainte de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) contre Amesys pour "complicité d’actes de torture". Gégène, simulacre d’exécution, humiliations… Le calvaire qu’ils ont subi après l’interception de mails montrant leur opposition au régime fait froid dans le dos. "Ils voulaient savoir quel était mon mot de passe. J’ai toujours refusé. Après trois jours sous la torture, j’ai craqué et je leur ai donné les codes. Mais ils se sont moqués de moi. Ils m’ont montré un paquet de copies qui était posé sur la table et ils m’ont dit qu’ils avaient tout, qu’ils étaient au courant de tout", a raconté Mahmoud, 34 ans.

>> Lire aussi : Libye – syrie : les entreprises occidentales, artisans de la censure dictatoriale ?

Contrôler l’activité de 350 000 personnes en même temps

L’affaire avait été révélée fin août 2011 par le Wall Street Journal. Le "Guide" venait de fuir Tripoli et, dans un bâtiment officiel, des reporters du quotidien américain mettaient la main sur des documents prouvant le rôle capital d’Amesys dans le programme de surveillance du régime déchu. Son logiciel Eagle, fourni en 2007, l’année de la réhabilitation du colonel par le président français Sarkozy, permettait à ses services de renseignements de contrôler l’activité en ligne de 350 000 personnes simultanément. Amesys affirmait alors n’avoir fourni qu’un programme de lutte contre le terrorisme et la pédopornographie… Le Syrien Assad bénéficierait de l’expertise en surveillance de Qosmos, autre groupe français.

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