Somalie : Hassan Cheikh Mohamoud alias « Monsieur Baraka »

Hassan Cheikh Mohamoud est attendu le 16 septembre à Bruxelles pour une conférence des donateurs. © Stuart Price/AFP

Déjà visé par un attentat en 2012, Hassan Cheikh Mohamoud, le président somalien a réchappé de justesse, le 3 septembre, à une nouvelle attaque.

Dans la vie de Hassan Cheikh Mohamoud, le mois de septembre a une résonance particulière. Il y a un an, le 10 septembre 2012, il était élu président de la Somalie par le Parlement. Quarante-huit heures plus tard, il échappait à un attentat des islamistes Shebab dans un hôtel de Mogadiscio. Et il y a quelques jours, le 3 septembre, il est sorti indemne d’une attaque à l’arme lourde contre son convoi, à une centaine de kilomètres de la capitale. Miraculé une fois de plus, il se rendra le 16 septembre à Bruxelles pour une importante conférence de bailleurs de fonds organisée par l’Union européenne (UE) afin de soutenir la reconstruction et la stabilisation de la Somalie.

Jusqu’à son élection, Hassan Cheikh Mohamoud, 58 ans en novembre, n’était pas à proprement parler un homme politique. Plutôt un acteur de la société civile. Formé à l’université nationale, d’où il sort avec un diplôme d’ingénieur technique en 1981, il commence une carrière d’enseignant, avant de se rendre en Inde pour un troisième cycle à l’université de Bhopal. Revenu au pays, il intègre le ministère de l’Éducation nationale, où il dirige un programme de formation piloté par l’Unesco.

Consultant pour l’ONU

À la chute du gouvernement de Siad Barré, en 1991, l’universitaire reste, malgré la guerre et le chaos. Il devient consultant auprès d’ONG et d’agences onusiennes ; s’implique, avec le soutien de la Croix-Rouge, dans la réouverture d’écoles et crée l’Institut somalien de gestion et d’administration (Simad), qui deviendra une université. Contrairement à la plupart de ses compatriotes, il évolue hors du système clanique cher aux seigneurs de la guerre.

Après avoir fait ses preuves dans la société civile, Hassan Cheikh Mohamoud fonde, en 2011, le Parti pour la paix et le développement. Entré au Parlement en août 2012, il brigue la magistrature suprême un mois plus tard et bat au second tour Charif Cheikh Ahmed, le président de la transition. Une anecdote illustre bien l’état d’esprit du nouveau dirigeant. Peu après son élection, des chefs de clans viennent le voir pour solliciter ses faveurs avec un attaché-case contenant 200 000 dollars. Tranquillement, il leur conseille d’aller déposer cette somme à la Banque centrale afin qu’elle soit intégrée au budget de l’État. Une première !

Les Somaliens acteurs de leur destin

Le président a défini ses priorités : lutte contre l’impunité et la corruption, restauration de l’État de droit, tolérance zéro face aux auteurs de viols et d’assassinats ciblés… Il croit fermement que son pays est sorti du gouffre, grâce, surtout, au travail accompli par les armées burundaise et ougandaise dans le cadre de la Mission de l’Union africaine en Somalie (Amisom), et à celui des troupes éthiopiennes et kényanes. Pour Hassan Cheikh Mohamoud, le temps est à la reconstruction. C’est pourquoi il ne cesse d’appeler ses compatriotes ayant quitté le pays à revenir.

Écouté par la communauté internationale – le magazine Time l’a classé parmi les cent personnalités les plus influentes en 2013 -, il a déjà participé à une conférence des bailleurs à Londres, en mai. Celle de Bruxelles, le 16 septembre, est cruciale. Elle doit, selon Catherine Ashton, haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, déboucher sur la mise en place d’un "plan triennal susceptible d’apporter la paix, la sécurité et le développement à l’ensemble de la population somalienne". Pour donner corps au credo de Hassan Cheikh Mohamoud : les Somaliens doivent être les acteurs de leur propre destin.