Égypte : Abdel Fattah al-Sissi, sûr de lui et dominateur

Par Jeune Afrique

Le général Abdel Fattah al-Sissi fait l'objet d'un véritable culte de la personnalité. © Jim Watson/AP/Sipa

Depuis qu'il a destitué Mohamed Morsi en juillet, le patron de l'armée égyptienne, Abdel Fattah al-Sissi, s'imagine-t-il un destin présidentiel ? Oui, à en croire un enregistrement audio diffusé par ses adversaires islamistes.

Le général Abdel Fattah al-Sissi succomberait-il aux chants des sirènes ? Des enregistrements audio, diffusés le 12 octobre par Rassd ("Surveillance"), un site d’information en ligne proche des Frères musulmans, indiquent que le commandant en chef de l’armée égyptienne, âgé de 58 ans, se verrait bien troquer l’uniforme pour un costume de président de la République.

"Tous ceux qui jouent un rôle aujourd’hui ne sont là que parce que je ne me suis pas encore prononcé [sur ma candidature]", affirme d’un ton assuré – et légèrement arrogant – l’ancien patron des renseignements militaires, lors d’un entretien avec Yasser Rizk, le rédacteur en chef d’Al-Masry Al-Youm, l’un des principaux quotidiens privés du pays. "Hamdine Sabahi [opposant historique et troisième homme de l’élection présidentielle de 2012] est venu me voir. Il m’a dit : "Si tu ne te présentes pas, j’y vais. Et si tu te présentes, je n’y vais pas." Je n’ai fait aucun commentaire", poursuit Sissi dans l’enregistrement.

Diplômé en 1977, le général a fait carrière dans le corps d’infanterie mécanisée avant d’occuper le poste stratégique d’attaché militaire en Arabie saoudite.

Diplômé de l’Académie militaire égyptienne en 1977, le général a fait carrière dans le corps d’infanterie mécanisée avant d’occuper le poste stratégique d’attaché militaire en Arabie saoudite et celui de commandant de la zone militaire nord, basé à Alexandrie. En août 2012, il est nommé à la tête de l’armée par Mohamed Morsi, le premier président démocratiquement élu du pays, issu des Frères musulmans. Près d’un an plus tard, en juillet, Sissi le destituait à la suite d’importantes manifestations appelant à la démission de l’islamiste.

Selon Rassd, les enregistrements divulgués sont tirés d’un entretien de quatre heures réalisé par Al-Masry Al-Youm et publié en trois parties la semaine du 7 octobre sous une forme édulcorée. Sur le papier, les propos du chef de l’armée sont convenus et nettement plus mesurés. Interrogé sur l’éventualité d’une candidature, le général, formé en Grande-Bretagne et aux États-Unis, esquivait la question : "Ce sujet est important, mais je ne pense pas que ce soit le moment opportun pour l’aborder."

Son portrait associé à un aigle ou à un lion

Accusant Rassd "de vol et de diffusion de fausses informations", Al-Masry Al-Youm a porté plainte le 12 octobre. Rizk soutient que l’enregistrement original de son interview a été subtilisé puis trafiqué pour discréditer le militaire. De son côté, l’armée est restée silencieuse. Par le passé, elle avait affirmé à plusieurs reprises que Sissi ne briguerait pas la présidence.

Selon Abdallah al-Sinawi, un commentateur de longue date des affaires militaires, une candidature de Sissi n’est pas exclue. "Beaucoup de facteurs complexes entrent en jeu, parmi lesquels la situation sécuritaire, qui pourrait l’encourager à se présenter. Mais la question n’a pas été définitivement tranchée", assure-t-il.

Sissi doit au moins y penser en se rasant tous les matins… Ce père de quatre enfants est perçu par beaucoup comme un héros, voire un nouveau Nasser. Une campagne lancée le 17 septembre dans l’objectif de faire pression sur lui pour qu’il soit candidat aurait recueilli près de 5,5 millions de signatures. Son portrait est omniprésent dans les rues du Caire, souvent affiché à la devanture des magasins ou à l’arrière des taxis, associé à un aigle ou à un lion, symboles de puissance. Pour une grande partie des Égyptiens, le choix est déjà fait.