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Lakhdar Brahimi : Syrie, mission (presque) impossible

Chez Lakhdar Brahimi, à Paris, le 13 octobre. "Démissionner ? J'y songe presque chaque jour." © Vincent Fournier/JA

Quatorze mois après sa nomination, et alors qu'il se rend à Damas, ce 28 octobre, pour préparer des pourparlers de paix censés se tenir fin novembre à Genève, le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie ne se berce guère d'illusions. Interview.

Dans son exceptionnelle carrière de démineur des champs de guerre de la planète, la Syrie est pour Lakhdar Brahimi une sorte de marqueur. C’est à Damas, au début des années 1980, qu’il effectua sa première médiation – il était alors conseiller diplomatique du président algérien Chadli Bendjedid, et il s’agissait de réconcilier Hafez al-Assad avec Yasser Arafat -, et c’est à Damas que se situe le foyer de l’incendie qu’il s’efforce, depuis quatorze mois, de circonscrire avec la foi d’un pompier volontaire. Quand on lui demande pourquoi il a accepté, à l’aube de ses 80 ans (il les comptera le 1er janvier prochain), cette nouvelle mission impossible, l’enfant de Tablat, province de Médéa, répond qu’il ne "pouvait pas s’y dérober", avant d’ajouter, clin d’oeil de malice à l’appui : "Peut-être aussi, finalement, par vanité."

S’il est un péché dont le médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe sur le conflit syrien est préservé, c’est pourtant bien celui d’orgueil. Lui qui a commencé son parcours de diplomate à l’âge de 22 ans comme ambassadeur de la révolution algérienne, avant de devenir trois décennies plus tard un éphémère ministre des Affaires étrangères, puis un intermittent de luxe du maintien de la paix dont les CDD sans cesse renouvelés l’ont conduit du Liban à l’Afghanistan, de l’Irak à l’Afrique du Sud, d’Haïti à la RD Congo en passant par la Côte d’Ivoire, le Soudan ou le Burundi, sait depuis toujours que, sans humilité, son métier est voué à l’échec. Comme pour conjurer le sort, Lakhdar Brahimi cultive donc une forme de pessimisme poli, un rien blasé : sur le dossier syrien comme pour les autres missions qu’il a eu à accomplir, le risque d’échouer est à l’entendre infiniment plus grand que celui de réussir. Il est vrai que partout où son intervention a été requise par la communauté internationale Brahimi était non seulement le meilleur, mais aussi, très souvent, le seul choix possible. Il est vrai aussi qu’à ce jeu de poker il lui est arrivé de perdre, là où nul autre n’aurait pu gagner.

Gentleman Lakhdar réunit un florilège unique de qualités idoines : la connaissance du terrain, de la langue, des acteurs et des mentalités, le respect dont il jouit dans le monde arabe, la confiance que lui accordent les Américains et les Russes, la technique de persuasion douce qui est la sienne…

Une conférence de la dernière chance

Pour cette mission syrienne, sans doute la dernière et certainement la plus dramatique de sa carrière, gentleman Lakhdar réunit un florilège unique de qualités idoines : la connaissance du terrain, de la langue, des acteurs et des mentalités, le respect dont il jouit dans le monde arabe, la confiance que lui accordent les Américains et les Russes, la technique de persuasion douce qui est la sienne et dont l’effet est pareil à celui d’un baume sur une blessure. Mais en diplomatie, quand le fossé de haine et de sang se creuse chaque jour un peu plus entre belligérants, les supermen n’existent pas plus que les miracles. C’est donc en humble militant de la paix que Lakhdar Brahimi s’apprête à réunir à Genève, fin novembre, une conférence de la dernière chance sur la Syrie. Et c’est sans illusions excessives qu’il a accepté d’en évoquer, pour J.A., les enjeux, les risques et les espoirs.

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Jeune Afrique : L’attribution, le 11 octobre, du prix Nobel de la paix à l’Organisation internationale contre les armes chimiques (OIAC) ne renforce-t-elle pas, aux yeux de l’opposition syrienne, l’idée selon laquelle elle aurait été sacrifiée au profit de la lutte contre les armes de destruction massive ?

Lakhdar Brahimi : Les Norvégiens n’ont certainement pas pensé à cela. Ils ont, à tort ou à raison, choisi de décerner le Nobel à une organisation qui s’occupe d’un problème important. C’est une manière, pour eux, de braquer les projecteurs à un moment donné sur une situation. On peut approuver ou non cette démarche, comme cela a pu être le cas lors du Nobel attribué à Obama, par exemple. Mais elle a au moins le mérite d’attirer encore plus l’attention sur la crise syrienne.

On a tout de même l’impression que nous sommes passés de la priorité donnée à la protection des civils syriens à celle de la seule élimination des armes chimiques…

Ce sont deux choses différentes. Évidemment, le conflit syrien a provoqué plus de 100 000 morts, dont 1 400 environ lors de l’attaque à l’arme chimique du 21 août dernier. Les Syriens peuvent donc légitimement s’interroger sur le fait que la communauté internationale ne s’émeuve que maintenant, alors que le nombre de victimes est sans commune mesure. Le processus de destruction des armes chimiques est en marche, mais cela ne résout en rien le drame que traverse ce pays. La guerre continue…

Comment qualifieriez-vous la nature de ce conflit ?

Paradoxalement, l’une des rares choses sur laquelle les Syriens s’entendent, c’est pour dire qu’il ne s’agit pas d’une guerre civile. Le gouvernement prétend lutter contre le terrorisme et faire son devoir afin de protéger son peuple. L’opposition, elle, affirme se battre contre un régime dictatorial qui n’a que trop duré !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Il y a peut-être un peu de tout cela, mais c’est certainement une guerre civile. Un jour, une femme m’a dit qu’elle avait deux fils, l’un dans l’armée régulière, l’autre dans l’armée libre. Si cela ne correspond pas à une guerre civile, je ne sais pas comment il faut l’appeler.

Croyez-vous vraiment en la volonté de Bachar al-Assad d’éliminer son stock d’armes chimiques ?

Le processus est sur les rails et je ne vois pas de raison de douter de son aboutissement.


Visite du camp de réfugiés syriens d’Altinözü, en Turquie.
"La destruction des armes chimiques ne résout en rien
le drame que traverse ce pays." © Adem Altan/AFP

L’échéance de juin 2014 a été évoquée pour un démantèlement complet. Cela vous semble-t-il raisonnable ?

Je l’ignore. C’est effectivement ce qu’ont déclaré John Kerry et Sergueï Lavrov. Il s’agit d’opérations extrêmement complexes et, surtout, coûteuses. Pour l’instant, je dois dire que nous sommes plutôt en avance sur le processus et que la Syrie collabore de manière satisfaisante, notamment en livrant la liste de toutes ses installations existantes.

L’accord entre Russes et Américains à propos de ce volet de la crise n’a-t-il pas finalement remis Bachar al-Assad en selle ?

Il était un paria, il est devenu un partenaire… Bachar n’a jamais été désarçonné, il n’y a donc aucune raison de penser cela.

Reste que Bachar ou pas, les paramètres intrinsèques du régime baasiste, eux, n’ont guère varié depuis la mort de Hafez al-Assad.

Quand l’avez-vous rencontré pour la dernière fois ?

Il y a dix mois environ, fin décembre 2012.

Quelle impression vous a-t-il faite ?

Je le connaissais déjà avant, et je connaissais encore mieux son père. C’est un homme jeune, qui a hérité du pouvoir sans l’avoir cherché. Lors de son avènement, il suscitait beaucoup d’espoir. Lui et son épouse arrivaient de Grande-Bretagne, et on s’attendait à une ouverture globale de la Syrie, pas seulement dans le domaine de l’internet ou des affaires. Reste que Bachar ou pas, les paramètres intrinsèques du régime baasiste, eux, n’ont guère varié depuis la mort de Hafez al-Assad.

>> Lire aussi: Bachar Al-Assad, le tyran qui s’ignore

Vous a-t-il semblé sûr de lui ?

Quoi que les gens disent, il n’a jamais douté, ni de son bon droit ni de sa capacité à l’emporter.


Rencontre avec Bachar al-Assad au palais présidentiel de Damas, le 15 septembre 2012.
"Les paramètres essentiels du régime baasiste n’ont pas changé." © Khaled Desouki/AFP

Pensez-vous qu’il songe sérieusement à se représenter à l’élection présidentielle, prévue pour la mi-2014 ?

Beaucoup de ceux qui gravitent autour de lui considèrent que sa candidature est un fait acquis. Lui estime que c’est son droit le plus absolu, mais qu’il se prononcera le moment venu. Il pense surtout à terminer son actuel mandat. Ce que je dis, tout haut et à tous les Syriens, c’est que l’Histoire nous apprend qu’après une crise comme celle-ci on ne peut pas revenir en arrière. Le président Assad peut donc contribuer utilement à la transition entre la Syrie d’avant, qui est celle de son père et la sienne, et ce que j’appelle la nouvelle République de Syrie.

Il fait partie de la solution, mais il n’est plus la solution…

Personne n’est la solution.

Lors de la conférence dite de Genève II, qui devrait se tenir mi-novembre, se retrouveront autour de la table, entre autres, les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et le ministre syrien des Affaires étrangères. Souhaitez-vous que les pays de la région y participent également ?

Oui, bien sûr.

Y compris Israël ?

Certainement pas. Ni l’opposition ni le régime al-Assad ne le souhaitent.

L’Arabie saoudite et l’Iran ?

Évidemment. Sans eux, le dialogue serait incomplet. Il faut être pragmatique : tous ceux qui ont des intérêts à défendre ou une influence doivent participer.

Quid de l’opposition syrienne ?

Ils sont en train d’en discuter pour voir qui pourrait les représenter. C’est l’une des raisons pour lesquelles cela prend du temps. Certains d’entre eux estiment même qu’ils ne devraient pas venir à Genève.

Mais encore ?

C’est très compliqué ! Dans ce type de situation, les camps sont nombreux. Oppositions armée et non armée, oppositions de l’extérieur et de l’intérieur, islamistes, laïcs, etc. Il faut bien comprendre que Genève II, contrairement à la conférence qui s’est tenue en 2012, n’est pas une fin en soi mais le début du processus. Nous espérons que l’opposition parviendra à se mettre d’accord sur une délégation crédible et représentative. Il ne faut pas se leurrer : tout le monde ne sera pas présent. En revanche, la suite de ce processus devra inclure le plus de monde possible.

Il y a deux sortes d’islamistes : ceux qui sont intéressés par la recherche de la paix, et les autres, ceux qui gravitent autour d’Al-Qaïda, comme Al-Nosra, par exemple.

Si les islamistes, qui sont en position de force au sein de la rébellion, n’y vont pas, ce sera un vrai problème…

Sans doute. Mais attention, il y a deux sortes d’islamistes : ceux qui sont intéressés par la recherche de la paix, et les autres, ceux qui gravitent autour d’Al-Qaïda, comme Al-Nosra, par exemple. Ces derniers souhaitent abattre le régime. Ils ne se battent pas pour édifier une nouvelle République syrienne, mais pour l’instauration d’un État islamique. Donc Genève ne les intéresse absolument pas.

Le Front Al-Nosra n’est donc pas un interlocuteur à vos yeux ?

Disons qu’ils nous dispensent de la décision… Ce sera à la nouvelle République de Syrie, si nous parvenons à la mettre sur pied, de régler ce type de problèmes internes.

L’objectif, si l’on vous comprend bien, est que le schéma et les contours de cette nouvelle République sortent de la conférence de Genève…

Du processus initié par la conférence de Genève, pour être précis. Ce ne sera en effet qu’un premier pas sur un chemin qui prendra du temps.

Parmi les protagonistes de cette crise, la France. Très offensive et menaçante à l’égard du régime de Bachar al-Assad, elle s’est finalement retrouvée seule en première ligne. Comment analysez-vous son attitude ?

Je m’attache à voir les choses de plus haut. Ce qui se passe en France ne m’intéresse donc pas vraiment. Pour moi, c’est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, point. Ce que je constate, c’est qu’à l’époque, les divergences de points de vue et les initiatives individuelles étaient nombreuses. Aujourd’hui, c’est fini.

Pourtant, ce n’est que sous la menace de frappes que Bachar al-Assad a accepté de négocier…

Lui vous répondrait l’inverse : il vous dirait que sa nouvelle posture n’est pas le fruit de menaces mais de sa propre analyse de la situation. La vérité, c’est que ce ne sont pas les Américains qui ont demandé à Bachar de négocier, ce sont les Russes. Et le véritable tournant est survenu quand les Américains et les Russes se sont retrouvés, à Genève, les 12, 13 et 14 septembre, avec les chefs respectifs de leur diplomatie, John Kerry et Sergueï Lavrov.

Fallait-il éviter à tout prix ce recours à la force ?

Parlant au nom des Nations unies, je ne peux pas dire autre chose. Qu’un grand pays comme les États-Unis utilise la force sans passer par le Conseil de sécurité est inacceptable. Je crois d’ailleurs qu’Obama a dit à peu près la même chose en 2003, à propos de l’Irak…

Le Qatar est très impliqué dans la crise syrienne, à travers son soutien à l’opposition. Pensez-vous que l’arrivée au pouvoir du cheikh Tamim puisse faire évoluer la position de l’émirat ?

Non. Je n’ai pas cette impression.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, est-il un interlocuteur fiable ?

Tout à fait. Lui et moi, nous nous connaissons bien. Il a été ambassadeur à l’ONU, c’est un excellent professionnel et un très grand connaisseur du Moyen-Orient. À propos de la Syrie, on parle beaucoup de l’influence de Moscou et des relations politiques qu’entretiennent les Russes avec le régime, mais ils ont une présence importante et ancienne, sans discontinuité, dans ce pays. Tout le monde évoque les officiers russes qui se trouvent là-bas, mais il y a surtout beaucoup d’ingénieurs. On oublie aussi qu’on recense près de 20 000 femmes russes en Syrie, mariées à des Syriens. Les Russes connaissent très bien ce pays. Quand Ben Ali, Moubarak et Kadhafi sont tombés, on ne donnait guère plus de trois mois de survie à Bachar. Seuls les Russes disaient : "Attention, cela n’a rien à voir, nous connaissons ce pays, nous savons comment il fonctionne. La Syrie, c’est plus compliqué." Et certains ont considéré, un peu trop vite, qu’il s’agissait là d’un soutien inconditionnel au même Bachar.

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Pensez-vous qu’il puisse encore y avoir un vainqueur dans ce conflit ?

Non, personne ne peut gagner et personne ne gagnera cette guerre. Je le répète depuis le premier jour.

Non, personne ne peut gagner et personne ne gagnera cette guerre. Je le répète depuis le premier jour.

Un récent rapport de Human Rights Watch se montre très sévère vis-à-vis de l’opposition et des crimes commis en son nom. Peut-on parler d’équilibre de la terreur ?

Il est très dangereux de voir les choses ainsi et de vouloir dresser une comptabilité des crimes pour voir de quel côté penche la balance : chaque crime est inacceptable. C’est pourquoi les Nations unies refusent toujours de participer à un accord, même en tant que témoin, qui prévoit par exemple une amnistie générale. La difficulté est donc à la fois de gagner la paix, mais aussi de rendre la justice, car il ne peut y avoir d’impunité. Reste à savoir quand et comment.


Entre le secrétaire d’État américain John Kerry (à g.) et le ministre russe
des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le 13 septembre à Genève.
"Le recours à la force aurait été inacceptable." © Larry Downing/AFP

Comment amener des belligérants à déposer les armes tout en leur expliquant qu’ensuite ils devront rendre des comptes ?

Il est inutile de le leur expliquer, ils le savent. L’évolution du droit international va dans ce sens, notamment depuis la création de la Cour pénale internationale [CPI], qui peut être saisie, dans tous les cas, même quand un pays n’est pas signataire du traité de Rome, sur demande du Conseil de sécurité.

Pensez-vous qu’il soit encore possible, après tout ce qu’il s’est passé, de recoudre le tissu national syrien ?

Oui, je le crois. Ce qui menace la Syrie, ce n’est pas la partition du pays. Cela m’étonnerait beaucoup par exemple que les Alaouites veuillent vraiment créer une sorte de bunker dans leurs petites montagnes, car ils savent très bien que ce ne serait pas viable. Le vrai péril qui guette ce pays, c’est une sorte de "somalisation". Plus durable et encore plus profonde que ce que nous avons pu voir en Somalie.

Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Cela dépend des jours… Quand j’ai accepté cette mission il y a maintenant treize mois, je ne me faisais pas d’illusions : je savais que ce serait presque impossible.


Au cours de l’entretien, dans son appartement parisien. "Ce qui guette ce pays,
ce n’est pas la partition, c’est la somalisation – en pire." © Vincent Fournier pour J.A.

Avez-vous envisagé d’abandonner ?

Plusieurs fois, presque tous les jours même. J’ai d’ailleurs déjà remis ma démission, en avril dernier. C’est l’accord entre Lavrov et Kerry, ainsi que l’insistance de la plupart des protagonistes qui m’ont fait changer d’avis.

S’agit-il, vous qui vous êtes porté au chevet du Liban, de l’Irak ou de l’Afghanistan, de votre mission la plus difficile ?

Vous savez, le Liban, ce n’était pas simple… Mais oui, c’est certainement la crise la plus dévastatrice et la plus dramatique.

L’idée d’un arc chiite combattant un axe sunnite dans l’ensemble du monde arabo-musulman vous semble-t-elle réellement pertinente ?

Nous avons là effectivement un problème, qui ne date pas d’aujourd’hui d’ailleurs. Je me souviens en avoir parlé avec l’ayatollah irakien Sistani, quand je suis arrivé à Bagdad, en 2004. Je lui expliquais alors que nous risquions d’avoir un problème chiites-sunnites de l’Indonésie jusqu’au Maroc. Il m’a répondu que l’Irak n’était pas le Pakistan, par exemple, où ils s’entretuaient. Il avait tort… Nous n’en sommes pas encore à l’affrontement général, même si les tensions sont nombreuses au Liban, en Irak, au Pakistan ou à Bahreïn, mais devons être très vigilants, car nous n’en sommes pas loin.

Quel rôle joue l’Iran aujourd’hui dans le conflit syrien ? Celui d’un facilitateur ou celui d’un ­obstacle ?

Vous savez, de mon point de vue, tout le monde représente un obstacle… Plus sérieusement, j’ai rencontré le nouveau président Rohani et son ministre des Affaires étrangères à New York. La position de l’Iran est claire : il n’y a pas d’issue militaire à ce conflit et il faut une entente entre le gouvernement, dont les Iraniens sont très proches, et l’opposition qui aboutira à une élection libre et contrôlée par les Nations unies. J’ai l’impression qu’ils pensent que Bachar remporterait ce scrutin facilement.

D’Ahmadinejad à Rohani, avez-vous perçu une évolution du discours et des positions de Téhéran ?

Sur d’autres dossiers, comme les relations avec les États-Unis, certainement, mais sur la crise syrienne, non, absolument pas.

Et Israël, dans tout cela ?

J’ai l’impression que quel que soit le cas de figure, Israël est gagnant. Si Bachar s’en va, la Syrie mettra beaucoup de temps à se stabiliser. Si Bachar reste, il sera tout de même très affaibli. Et si la guerre continue, ce sera tant mieux pour Israël… En outre, les armes chimiques étaient les seules armes stratégiques que craignent les Israéliens. Bref, à tous les coups, Israël est gagnant. Je ne suis pas sûr que les Arabes en soient conscients…