L’art à l’abordage de la piraterie

Les pirates pillant les navires passionnent depuis des siècles. © RIA Novosti / AFP

De la Méditerranée au XVIe siècle à la Somalie au XXIe siècle, en passant par le Nigeria et Madagascar, les côtes africaines ont souvent été aux mains des flibustiers. Un phénomène qui nourrit l'imagination des artistes.

Robinson Crusoé, on le sait, naviguait à bord d’un navire négrier quand, en 1659, une tempête fit de lui le prisonnier solitaire d’une île déserte pendant près de trente années. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il avait été enlevé, en 1651, par des pirates de Salé (Maroc) et réduit en esclavage. Son créateur Daniel Defoe s’est appuyé sur sa connaissance encyclopédique des routes maritimes et de la flibuste. Il serait même, sous le pseudonyme de Charles Johnson, à l’origine du mythe de Libertalia, l’histoire d’une communauté de pirates installée à Madagascar. L’écrivain et aventurier britannique n’est pas le seul artiste à avoir été inspiré par les exploits de marins naviguant sous pavillon noir. Romantique, fascinante, "la course", activité qui consiste à piller des navires marchands, est un tel réservoir d’histoires qu’il est parfois difficile de démêler le vrai du faux.

Au cours des siècles, les côtes africaines ont connu plusieurs périodes de piraterie, la plupart du temps liées à la conjoncture économique et politique. Au XVIe et au XVIIe siècles, des villes comme Tunis et Alger étaient de véritables nids de forbans qui pillaient les navires européens et affrontaient régulièrement les corsaires chrétiens de l’autre rive. Aujourd’hui, les pirates somaliens s’en prennent aux cargos naviguant sur l’océan Indien quand les Nigérians s’attaquent aux tankers du delta du Niger. Comme l’explique l’historien tunisien Sadok Boubaker : "La course n’existe pas sans commerce, sans protection du politique, sans promoteurs. Si son agriculture est touchée par la sécheresse, un paysan des régions côtières va courir la mer en espérant un butin réparateur. Mais les guerres internationales comme certaines conjonctures politiques locales favorisent aussi la course !"

Au fond, entre la piraterie contemporaine dans le golfe d’Aden et les razzias de Barberousse sur les côtes méditerranéennes, il y a un point commun fondamental : la nécessité économique ! Et une constante : la course continue de fasciner et d’influencer les créateurs. Même Hollywood vient de s’emparer du sujet en racontant la prise d’otages du MV Maersk Alabama au large d’Eyl (Somalie), en avril 2009. Alors, prêts pour une virée en mer ?