Élections : Partira ? Partira pas ?

Douze chefs d'État sont au pied du mur. Que vont-ils faire ? © Jeune Afrique

Kabila, Kagamé, Sassou Nguesso, Sirleaf, Boni Yayi... Ils sont douze chefs d'État confrontés au même choix : s'en tenir à la Constitution et ne pas briguer un nouveau mandat ou tenter de la réformer. Au premier rang d'entre eux, Blaise Compaoré, personnalité incontournable dans la région.

Jeu de dupes ? Poker menteur plutôt, tant la part de bluff y est prépondérante. Ils sont une bonne dizaine de chefs d’État en exercice qui, au cours des quatre années à venir, vont être confrontés au dilemme suivant : quitter la partie (le pouvoir) comme le stipule la règle en vigueur (la Constitution) ou tenter de garder la main et de réussir la quinte de six, en l’espèce se faire réélire, quitte à modifier la loi. Les stratégies de ceux d’entre eux chez qui la tentation du maintien au pouvoir l’emporte sur celle de la retraite politique divergent selon les pays, les modèles applicables (Robert Mugabe, José Eduardo dos Santos, Idriss Déby Itno, Yoweri Museveni, Paul Biya, Teodoro Obiang Nguema et quelques autres ont ainsi déjà contourné à leur manière l’obstacle de la limitation des mandats) et bien sûr le rapport des forces internes. Mais le noyau dur tactique est toujours le même : ne dévoiler ses intentions qu’à l’ultime minute, s’avancer masqué, jurer que l’on respectera la Constitution (l’emploi du futur est ici crucial, car il s’agira de l’amender ou d’en changer) et laisser le moment venu le peuple "exiger" votre candidature.

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L’argumentaire des partisans de l’alternance obligatoire au sommet est connu, rodé et quasi imparable : il s’agit là d’une condition sine qua non de l’État de droit. Dans ces colonnes, Béchir Ben Yahmed défendait il y a peu la règle des quinze ans au pouvoir, une décennie et demie au-delà de laquelle "le régime patine" et le chef devient progressivement "le jouet de son entourage". Ce à quoi les présidents soucieux de rempiler rétorquent que leur départ causerait plus de problèmes qu’il n’en résoudrait, que leurs pays sont encore fragiles, leurs opposants revanchards, leur succession mal assurée et le chaos à leurs portes. Une peur du vide en somme, qui ne laisse indifférents ni les investisseurs, ni les sécurocrates occidentaux obsédés par l’extension des zones grises criminogènes, du Sahel à la Somalie en passant par la Centrafrique.

Là aussi, la plaidoirie est éprouvée. Ce qui est nouveau en revanche, c’est qu’elle est prononcée avec plus de vigueur et moins de complexes qu’auparavant par les chantres d’une "nouvelle" Afrique, qui doit à l’intrusion massive de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des émirats du Golfe et de la Turquie non seulement le dynamisme de ses taux de croissance, mais aussi la conviction de pouvoir parler avec l’Occident en position de force. Pour le Burkinabè Blaise Compaoré, premier de cordée parmi les "poids lourds" à affronter l’échéance fatidique et dont le pays fait un peu figure de cas d’école, comme pour ses collègues du syndicat des présidents africains, les leçons de morale et de bonne gouvernance d’un Occident en perte de vitesse pèsent désormais moins lourd que la non-ingérence et la neutralité positive des nouveaux partenaires au développement de l’Afrique. Dans la perspective d’un passage en force constitutionnel, cette réalité-là compte, le seul paramètre non maîtrisable demeurant la capacité (ou la volonté) des peuples à s’opposer aux projets de ceux qui projettent de continuer à les diriger. À la lecture des pages qui suivent, une prévision paraît toutefois assurée : ce n’est pas encore demain que le fameux prix Mo-Ibrahim, destiné à récompenser un chef d’État exemplaire ayant démocratiquement cédé le pouvoir, avec rente à vie à la clé, pourra être de nouveau décerné…