Mauritanie : le retour des Flam

Kaaw Touré, Samba Thiam et Ibrahima Mifo, des Flam, à Nouakchott. © Laurent Prieur pour J.A.

Après vingt-sept années d'exil, les principales figures des Forces de libération africaines de Mauritanie sont rentrées au pays. Avec un espoir : obtenir l'autonomie régionale partielle.

Réprimés, ils avaient dû fuir leur propre pays. Le 24 septembre, ce n’est pas clandestinement, mais dans la lumière et sous les applaudissements, qu’ont débarqué à l’aéroport de Nouakchott, Samba Thiam et Kaaw Touré, le président et le porte-parole des Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam). Le mouvement de libération des Négro-Mauritaniens contre le racisme et l’esclavage avait été interdit en avril 1986 par Maaouiya Ould Taya.

"On nous perçoit trop souvent comme des intellectuels coupés du peuple, confie Samba Thiam. Cet accueil populaire dément ces critiques. Nous avons pris notre temps, mais notre place est ici."

Ibrahima Mifo, le vice-président du mouvement, et Mamadou Wane, le secrétaire national chargé de la jeunesse, les avaient précédés. Les militants exilés devraient eux aussi, peu à peu, regagner le pays. Ce retour, ils l’ont envisagé depuis la chute d’Ould Taya, en août 2005, et la transition démocratique d’Ely Ould Mohamed Vall. Mais il n’a été entériné qu’en 2011, lors de leur congrès à Paris, longuement préparé depuis.

Les Flam, qui ont désormais pignon sur rue à Nouakchott, reçoivent au siège du mouvement, dans le quartier du Sebkha. Pour le moment, ils n’ont aucun statut officiel. "La question a été abordée avec le chef de l’État, précise Ibrahima Mifo, qui a été reçu par Mohamed Ould Abdelaziz en mars. Il nous a répondu qu’il y a de la place pour tous, mais nous estimons être encore en phase transitoire."

Samba Thiam et Ibrahima Mifo, déracinés

En 1986, à la veille de ces années de braise au cours desquelles des dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens, fuyant le racisme arabo-berbère, durent se réfugier au Sénégal et au Mali, tandis que d’autres – surtout dans l’armée et l’administration – subissaient des exactions parfois meurtrières, les Flam publiaient le "Manifeste du Négro-Mauritanien opprimé". Pour avoir dénoncé la mainmise des Maures sur l’appareil d’État, leurs dirigeants ont été arrêtés, puis incarcérés à la prison de Oualata, avant de s’exiler comme nombre de leurs militants. Samba Thiam et Ibrahima Mifo ont vécu aux États-Unis, Kaaw Touré en Suède. Déracinés.

L’éclatement du mouvement et la dispersion de ses militants ont évidemment compliqué la lutte. "Nous sommes partis car nous n’avions pas le choix ! C’était se taire, subir la répression ou partir, explique Samba Thiam. Depuis, d’autres ont marché dans nos pas." En effet, quelques organisations telles que l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA-Mauritanie), fondée en 2008, ou Touche pas à ma nationalité (TPMN), collectif créé en 2011 lors du processus d’enrôlement, aux revendications similaires à celles des Flam, sont nées dans leur sillage.

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Pour le moment, Samba Thiam tient à rester à l’écart de toute guerre de leadership. "L’unité d’action est nécessaire", dit-il. Par ailleurs, les Flam ne souhaitent ni soutenir une ligne politique ni former un parti. Ils espèrent simplement orienter les débats des campagnes pour les législatives et les municipales sur la question de l’unité nationale, qu’ils estiment négligée dans les programmes des candidats. Ils reviennent aussi porteurs d’un projet : l’autonomisation régionale. Ils souhaitent que les régions du fleuve (à vocation agricole), de l’Est (pastorale) et du Nord-Centre (minière) soient administrées par des gouverneurs choisis par les populations, prenant en compte leurs spécificités culturelles et tribales. Ces régions reconnaîtraient le pouvoir central, mais géreraient les particularismes locaux.

"Si certaines tribus qui s’estiment lésées prenaient leur destin en main, s’enthousiasme le président des Flam, on pourrait réduire les tensions et reconstruire la Mauritanie sur de nouvelles bases." En attendant, le mouvement prépare la tenue de son congrès pour le début 2014. La devise des Flam restera la même : "Liberté, égalité, unité."

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