Malawi : grosse fatigue pour Joyce Banda

Lors de l'investiture de Joyce Banda, à Lilongwe en avril 2012. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Elle avait fait de la corruption son cheval de bataille pour attirer les investisseurs. Aujourd'hui, la présidente du Malawi, Joyce Banda, déchante : depuis que le "Cashgate" a éclaté, ils reprennent la poudre d'escampette.

Joyce Banda va-t-elle perdre son pari ? Depuis quelques semaines, la présidente du Malawi, qui a tout misé depuis son accession au pouvoir, en avril 2012, sur une gestion rigoureuse des deniers publics et sur le retour des bailleurs de fonds, voit ces derniers la lâcher les uns après les autres. Deux mois après son élection, le secrétaire d’État britannique au Développement international l’avait qualifiée de "très bonne présidente". Aujourd’hui, Londres a décidé de suspendre son aide annuelle de 140 millions d’euros. Or elle représente la plus importante contribution bilatérale au budget du Malawi, lequel dépend à 40 % de l’aide internationale. L’Union européenne a menacé de faire de même, et le Fonds monétaire international (FMI) hésite à verser les quelque 15 millions d’euros promis.

Au coeur de ce revirement, le Cashgate, un scandale à épisodes dignes d’une série télévisée. Tout a commencé début septembre avec l’arrestation de hauts fonctionnaires après que des liasses de kwachas, la monnaie nationale, ont été retrouvées par centaines chez eux et/ou dans leur véhicule. Le 13 septembre, Paul Mphwiyo, directeur du budget au ministère des Finances, qui tentait d’assainir le système, recevait trois balles dans la tête devant son domicile. Il a miraculeusement survécu à cette tentative d’assassinat et se trouve en convalescence dans un hôpital sud-africain. Depuis, 68 personnes ont été arrêtées, et 33 comptes en banque gelés.

Au total, 50 millions de dollars auraient disparu depuis l’arrivée de Banda au pouvoir.

Au total, 50 millions de dollars auraient disparu depuis l’arrivée de Banda au pouvoir. Et, depuis une décennie, c’est le tiers des ressources de l’État qui s’est volatilisé, selon la présidente, qui a affirmé dans les colonnes du Financial Times être la première à lutter réellement contre ce fléau.

Face à ce scandale, Banda, qui s’était rendue célèbre en réduisant son propre salaire et en vendant le jet présidentiel acquis par son prédécesseur, a pris une nouvelle décision spectaculaire : le 10 octobre, elle a limogé l’intégralité de son gouvernement. L’un de ses proches, Ralph Kasambara, jusque-là ministre de la Justice, a été inculpé de tentative d’assassinat dans l’affaire Mphwiyo. Banda elle-même aurait été visée par des menaces de mort, dont certaines venaient de l’étranger, a indiqué son ministre de la Communication.

Des rumeurs malveillantes

Malgré l’audace dont elle fait preuve dans la lutte anticorruption, la présidente est la cible de rumeurs malveillantes à Lilongwe, où on la dit impliquée dans le scandale. N’est-elle pas au pouvoir depuis plus de dix-huit mois ? L’impatience des Malawites sur fond de tensions sociales alimente ce type d’accusations. Les plus pauvres ont particulièrement souffert de la dévaluation de moitié du kwacha en 2012. Une mesure réclamée par le FMI depuis des années et que Joyce Banda avait acceptée, contrairement à son prédécesseur, le défunt Bingu wa Mutharika, qui s’y opposait farouchement.

Le gel de l’aide britannique pourrait encore durer : à Londres, le ministère du Développement international a affirmé "qu’aucun financement ne sera versé tant que l’argent des contribuables ne sera pas en sécurité". Pour Banda, il y a pourtant urgence : une élection présidentielle doit se tenir dans six mois. L’adoption d’une nouvelle cure d’austérité pourrait ruiner tous ses espoirs, d’autant qu’elle s’est déjà séparée de nombre de ses alliés. "Si ma lutte contre la corruption me coûte la victoire, cela ne me pose aucun problème", a-t-elle toutefois affirmé.

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