Félix Éboué : architecte de la Libération

Félix Éboué © DR

« Le lion qui est debout et qui dit non », dira Senghor (son gendre) à propos du premier résistant de la France d’outre-mer, le Guyanais Félix Éboué. Lorsque le général de Gaulle lance l’appel du 18 Juin, cet administrateur colonial, petit-fils d’esclaves né en 1884, occupe depuis deux ans la fonction de gouverneur du Tchad. Accueillant tel un ultime recours « ce cri d’espérance lancé pendant que les pires malheurs s’abattaient sur la France », il prend le parti de la France libre contre le régime de Vichy et prépare en secret le ralliement du Tchad et du reste de l’Afrique-Équatoriale française (AEF).

Dès le 26 août 1940, le gouverneur insoumis annonce officiellement l’appartenance du Tchad à la France libre, provoquant un effet domino : entre le 26 et le 28 août, le Cameroun, le Congo-Brazzaville et l’Oubangui-Chari (l’actuelle République centrafricaine) annoncent à leur tour leur ralliement. Le 15 octobre suivant, Félix Éboué reçoit de Gaulle à Fort-Lamy. Ce dernier le nomme au Conseil de défense de l’empire et en fait, un mois plus tard, le gouverneur de l’AEF. La France libre dispose désormais d’un territoire, donc d’une légitimité. Elle pourra bientôt compter sur une armée.

Désormais basé à Brazzaville, devenue capitale de la France libre, Éboué – qui sera condamné à mort par Vichy – prend une part prépondérante dans la constitution d’une force militaire de 40 000 hommes, tout en accélérant la production de guerre. La capitale congolaise devient le pivot à partir duquel s’organisera la libération du territoire métropolitain. C’est de là que partiront les premières forces armées de la France libre, et c’est grâce aux routes qu’Éboué a fait construire que la colonne Leclerc pourra gagner l’Afrique du Nord via le Tibesti.

À bout de forces, ce résistant de la première heure, profondément humaniste et dont les quatre enfants ont combattu dans les Forces françaises libres, meurt d’une congestion cérébrale en mai 1944, quelques jours avant le débarquement de Normandie. De Gaulle dira alors de « ce grand Français africain », dont les restes reposent au Panthéon depuis 1949, qu’il « est entré dans le génie même de la France ».

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