Addi Bâ : l’étoile noire

Addi Bâ. © DR

C’est une figure qui aura hanté toute sa vie durant Étienne Guillermond. Depuis sa plus jeune enfance, lorsqu’il découvre dans la bibliothèque familiale un Coran renfermant un dessin d’enfant représentant deux soldats noirs près d’une cabane forestière. Sa mère, qui « cultivait l’art du langage silencieux », lui confiera juste que le précieux livre appartenait à un tirailleur sénégalais qui « avait été gravement blessé par les Allemands dans le verger [du] cousin Gilbert ». Quelques années plus tard, le jeune homme découvrira que l’énigmatique soldat qui avait atterri dans un village de l’est de la France telle « une météorite, une étoile noire » se prénommait Mamadou Hady Bah, dit Addi Bâ. Petit homme (il mesurait 1,55 m) au courage incroyable, il fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, à la tête du premier réseau de résistance vosgien, qu’il créa en 1943. Un destin hors du commun que le journaliste vosgien a réussi à retracer au prix de dix années de recherche et qui aura inspiré Le Terroriste noir à l’écrivain guinéen Tierno Monénembo.

À partir des précieux témoignages qu’il a recueillis de ceux qui ont fréquenté Addi Bâ et des archives qu’il a méticuleusement parcourues, Étienne Guillermond revient sur l’engagement sans faille de celui qui sera arrêté et torturé par les nazis, avant d’être fusillé à l’âge de 26 ans pour actes de franc-tireur, le 18 décembre 1943, il y a tout juste soixante-dix ans. Il nous fait découvrir, dans une écriture fluide et sensible, « l’incroyable charisme du jeune Guinéen, son autorité, sa générosité, son charme et son humour. Tous, adultes ou enfants, avaient été marqués par sa personnalité à la fois intransigeante et attachante ». À tel point que, « loin d’être oubliée, la figure d’Addi Bâ était omniprésente, tantôt mouvante, traversant le village, juchée sur son vélo bringuebalant, tantôt figée dans un impeccable garde-à-vous comme s’il avait été à lui seul la vigie de la France libre ».

Ce héros de la Seconde Guerre mondiale, la France ne l’aura reconnu et célébré que tardivement, soixante ans après sa mort, en 2003, uniquement grâce à la détermination sans faille du journaliste et d’Hubert Mathieu, né en 1922, réfractaire au Service du travail obligatoire (STO) qui rejoignit le maquis dirigé par Addi Bâ. Aux grands hommes noirs la patrie bien peu reconnaissante !