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Nigeria : « Un jour, tu seras président »

Guérir le sida est l'un des miracles ubuesques que T. B. Joshua s'attribue. © George Esir/Aids-Africa/Reuters

Il avait prédit, avec raison, un grand destin au Ghanéen John Atta Mills. Depuis, des politiciens de toute l'Afrique demandent audience à T. B. Joshua, "prophète" de The Synagogue, Church of All Nations.

Avec des Églises dans cinq pays, des milliers de fidèles aux quatre coins de l’Afrique et une chaîne de télévision, le Nigérian Temitope Balogun Joshua, plus connu sous le nom de T. B. Joshua, est l’un des pasteurs évangéliques les plus populaires du continent et l’un des 50 Africains les plus influents, selon nos confrères de The Africa Report. Mais il ne recrute pas seulement dans les masses désespérées. De nombreux hommes politiques se pressent à The Synagogue, Church of All Nations, la plupart du temps pour solliciter ses prédictions – l’une des spécialités de celui qui se fait appeler "prophète". Celles-ci sont nombreuses et pas toujours très précises, mais quelques-unes l’ont rendu célèbre.

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T. B. Joshua avait ainsi prédit l’élection, en 2009, du défunt président ghanéen John Atta Mills, qu’il avait reçu à Lagos. L’ancien Premier ministre zimbabwéen Morgan Tsvangirai lui avait aussi rendu visite en 2010, ce qui cette fois n’a pas empêché sa cuisante défaite à la présidentielle de 2013. Prince Johnson, l’ancien seigneur de guerre libérien, compte parmi ses fidèles, tout comme Patience Jonathan, la première dame du Nigeria. Enfin, Winnie Madikizela-Mandela, l’ex-femme de feu Nelson Mandela, a également fait le déplacement à Lagos, en 2011. Comme, plus récemment, son protégé, le jeune populiste sud-africain Julius Malema, qui recherchait "la bénédiction d’un chef spirituel".

Joyce Banda, une habituée de l’Église de T. B. Joshua

Mais c’est sans doute dans la vie politique du Malawi que T. B. Joshua est le plus "intervenu". En 2012, à deux reprises, le 5 février et le 1er avril, il avait prophétisé la mort d’un chef d’État du continent, précisant que celui-ci n’était pas d’Afrique de l’Ouest. Le 5 avril, le président malawite Bingu wa Mutharika rendait l’âme, offrant au passage au pasteur l’un de ses principaux titres de gloire. Son successeur, l’actuelle présidente Joyce Banda, est devenue une habituée de son Église, qu’elle continue de fréquenter depuis son accession au pouvoir : elle y a encore été vue en décembre 2013. En 2011, elle avait expliqué à Emmanuel TV, la chaîne de T. B. Joshua, comment ce dernier avait guéri par la prière son mari aphasique.

Les guérisons extraordinaires constituent en effet une autre "spécialité" du pasteur. Parmi les nombreux phénomènes miraculeux revendiqués sur son site internet, celui qui dit avoir passé quinze mois dans le ventre de sa mère assure pouvoir guérir le sida ou le cancer. Or, d’après l’organisation caritative britannique African Health Policy Network, certains fidèles séropositifs de la branche londonienne seraient décédés après avoir arrêté leur traitement… Pas de quoi gêner outre mesure le "prophète". Selon une estimation faite en 2011 par le magazine Forbes, le Nigérian a accumulé entre 10 et 15 millions de dollars (entre 7 et 11 millions d’euros) de patrimoine.

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