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Vingt-sept portraits de l’Afrique

par

Alain Mabanckou est écrivain et professeur de littérature francophone à UCLA (États-Unis). Depuis 2016, il occupe la chaire de création artistique au Collège de France.

La collection « Le goût de… » des éditions Mercure de France est devenue depuis quelques années un territoire extraordinaire dans lequel le lecteur se balade à travers des textes qui lui font découvrir des pays, des villes, des activités sportives, la musique, etc. En cette rentrée littéraire de janvier vient de paraître Le Goût de l’Afrique, avec des textes choisis et présentés par Jacques Barozzi, cinéaste qui, déjà en 2006, publia Le Goût de Cannes, qui traitait du célèbre festival de cinéma.

Dans Le Goût de l’Afrique, nous découvrons le continent à travers vingt-sept auteurs africains ou non africains, vivants ou morts. Ils le magnifient ou le dissèquent de l’intérieur, parfois avec émotion, souvent avec un regard caustique, mais toujours portés par une vénération absolue. L’imaginaire du continent est là, du nord au sud, de l’est à l’ouest, brisant les barrières géographiques pour laisser place à une véritable odyssée.

La première partie, « Fugues africaines », montre une Afrique d’évasion, d’exploration, voire de fantasmes ainsi qu’en témoignent, entre autres, les textes de Louis-Ferdinand Céline, de Marie NDiaye avec ses « vacances sénégalaises », de Paul Morand avec sa plongée en Côte d’Ivoire ou encore de Frédéric Mitterrand, qui adresse une lettre d’amour à la Somalie.

La deuxième partie, « (Re)Naissance des Nations », ouvre l’ère des questionnements après les indépendances, que dépeint avec justesse Wole Soyinka dans cette période des années « pagaille » à Ibadan, tandis que J.-M. G. Le Clézio qualifie 1968 d' »année noire », avec l’un des plus grands génocides du siècle au Nigeria, connu sous le nom de « guerre du Biafra ». L’Afrique du Sud est dans la turbulence, et J. M. Coetzee l’évoque dans « L’Été de la vie », traçant au passage un portrait sans concession de lui-même et, par ricochet, d’un peuple séparé racialement, loin de la quête d’une « Afrique utopique ». Jacques Barozzi a choisi des extraits de mon roman Demain j’aurai vingt ans, dans lesquels l’enfant narrateur explique à sa manière l’actualité internationale à l’occasion du combat qui opposa Mohammed Ali à George Foreman, en 1974, au Zaïre.

L’Afrique doit désormais se regarder, non pas pour reculer, mais pour avancer. D’où le titre de la troisième partie, « Miroir d’un continent », avec des textes de Léopold Sédar Senghor élaborant la négritude ou encore de Michel Leiris, père de L’Afrique fantôme, et d’Amin Maalouf, qui convoque d’urgence « l’eau chaude de la mémoire ».

Ce bref recueil est un précieux bijou qui nous incite à nous plonger dans les oeuvres de ces vingt-sept auteurs pour sans doute comprendre enfin que chacun de nous couve une certaine Afrique au fond de lui. Et il suffit de communiquer aux autres ce goût !

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