Union africaine : « Mon cher Kwame Nkrumah »

par Nkosazana Dlamini-Zuma

Dans un e-mail au père ghanéen du panafricanisme, décédé en 1972, Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l'Union africaine, imagine à quoi pourrait ressembler le continent en 2063. Un document lu lors d'un séminaire de l'UA, le 24 janvier à Bahar Dar.

Date : 24 janvier 2063

À : kwame@imafrican.com

De : nkosazana@condefafrica.gov

Objet : Unité africaine

Mon cher ami Kwame,

Salutations à ta famille, à tes amis, et meilleurs voeux pour 2063.

Je t’écris depuis la belle ville éthiopienne de Bahar Dar, sur le lac Tana, alors que nous achevons les préparatifs pour les célébrations du centenaire de l’Organisation de l’unité africaine, devenue l’Union africaine en 2002 et qui a posé les fondations de ce qui est maintenant la Confédération des États africains. Oui, qui aurait cru que ton rêve et celui de ta génération, lorsque tu appelas, en 1963, les Africains à s’unir ou périr, deviendrait un jour réalité ? Et quelle formidable réalité ! L’Afrique est maintenant la troisième économie du monde.

Mon cher ami, dans ton dernier e-mail, tu m’as rappelé que certains magazines nous appelaient autrefois le "continent sans espoir", comme si les conflits, la faim et la malnutrition, les maladies et la pauvreté étaient un état permanent pour l’Afrique. Peu ont cru en notre engagement de faire taire les armes avant 2020. Mais grâce à notre expérience directe des conflits, nous avons pu régler leurs causes profondes, avec l’acceptation de la diversité et la gestion concertée des ressources.

Dès le début, les diasporas ont joué leur rôle avec leurs investissements. Leurs membres sont revenus sur le continent avec leurs compétences, non seulement pour aider leur pays d’origine, mais aussi parce que c’était là que se trouvaient les besoins et les opportunités.

Le kiswahili est maintenant une grande langue africaine de travail et une langue mondiale enseignée dans la plupart des facultés dans le monde.

J’aimerais te donner des nouvelles de la famille. Après avoir fini leurs études spatiales à l’université de Bahar Dar, les jumeaux ont décidé de parcourir le continent pendant un mois avant de commencer à travailler à l’Agence spatiale africaine. Mon vieil ami, à notre époque, cela aurait été impossible dans un délai si court ! Grâce au Train express africain qui relie désormais les capitales de nos anciens États, ils vont pouvoir sillonner le continent et découvrir sa beauté, ses cultures et la diversité du berceau de l’humanité. Le plus impressionnant dans ce Train express africain, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de lignes à grande vitesse, mais qu’ont été aussi construites, à ses côtés, des autoroutes, des pipelines pour le gaz, le pétrole et l’eau, ainsi que des lignes internet à haut débit : la propriété, la planification et l’exécution africaine dans ce qu’elles ont de meilleur !

Notre fille aînée, la linguiste, donne toujours des cours de kiswahili au siège de l’Université virtuelle panafricaine au Cap-Vert. Le kiswahili est maintenant une grande langue africaine de travail et une langue mondiale enseignée dans la plupart des facultés dans le monde. Nos petits-enfants se moquent du temps où nous nous débattions difficilement avec les traductions en anglais, en français et en portugais et que nous bataillions quand les traductions anglaises n’étaient pas conformes aux textes en français et en arabe ! Te souviens-tu de nos plaintes quand nous n’étions pas entendus dans les négociations sur le commerce et au Conseil de sécurité de l’ONU ?

Te souviens-tu que nous étions parfois désorganisés, divisés et nationalistes dans ces forums ? Que nous étions convoqués par divers pays étrangers dans leur capitale pour discuter de leur politique africaine ? Que les choses ont changé ! L’année dernière, la Confédération a célébré les vingt ans de son siège permanent au Conseil de sécurité, et nous sommes une puissance majeure pour la stabilité, la paix, les droits de l’homme, le progrès, la tolérance et la justice dans le monde.

À la prochaine,

Nkosazana