RFI : Juan Gomez, agitateur d’idées

Juan Gomez lors de son émission diffusée en direct, le 11 février. © Vincent Fournier pour J.A.

Chaque jour, des millions d'auditeurs de RFI sont au rendez-vous pour suivre "Appels sur l'actualité" de Juan Gomez. Retour sur un homme discret devenu une véritable star en Afrique.

Juan Gomez est un homme heureux. Souriant, chaleureux, le journaliste de Radio France internationale (RFI) aime son métier avec la même passion depuis vingt ans. "Pour moi, la radio, c’était un rêve de gosse. Mes parents, d’origine espagnole, l’écoutaient beaucoup pour s’informer. J’étais fasciné par ce média, qui avait le don d’abolir les distances, de nous mettre au contact de la musique, de la langue et de l’actualité d’un autre pays", se souvient-il. Né en 1970, Juan Gomez est devenu au fil des ans une véritable star en Afrique. Chaque jour, des millions d’auditeurs sont au rendez-vous pour son émission "Appels sur l’actualité".

Une consécration pour ce journaliste qui a fait ses premiers pas à 19 ans comme standardiste sur France Inter, alors qu’il était encore étudiant de lettres et civilisations espagnoles. Il deviendra par la suite l’assistant d’Alain Bedouet dans son émission phare Le téléphone sonne. En 1996, il a 26 ans quand il prend les rênes d’Appels sur l’actualité. Il connaît alors très peu le continent africain, mais il aborde ce défi sans angoisse. "Bien sûr, la première fois que j’ai eu à traiter du génocide rwandais, j’étais un peu tendu. Mais j’ai toujours pensé qu’à force de travail on pouvait arriver à tout", affirme-t-il. Pour Juan Gomez, le succès de l’émission s’explique d’abord par le format interactif, qui permet à chacun d’aborder, sans tabou ni censure, les sujets les plus divers. "Les auditeurs sont sensibles au respect qu’on leur porte : on n’émet pas de jugement, et chacun a le droit de défendre son point de vue." Sensible à la magie de la radio, le journaliste s’émerveille toujours qu’un Sénégalais vivant en Australie puisse discuter avec un auditeur de Kinshasa et être contredit par un Malien de Bamako. "C’est un média qui rassemble, et c’est ce qui me plaît."

Chaque jour, l’équipe reçoit des centaines de messages sur Facebook, par e-mail ou par téléphone et rappelle tous les auditeurs avant de les faire passer à l’antenne.

L’émission, qui n’a jamais changé d’heure, est devenue un point fort de la station. Chaque jour, l’équipe reçoit des centaines de messages sur Facebook, par e-mail ou par téléphone et rappelle tous les auditeurs avant de les faire passer à l’antenne. "En quinze ans, nos auditeurs ont évolué. Pour le premier numéro sur le sida, on a eu beaucoup de mal à recueillir des réactions. Aujourd’hui, les gens parlent beaucoup plus facilement de tous les sujets. Le rapport aux médias a changé, les gens vont droit au but, ils savent qu’ils ont peu de temps."

"Flux tendu"

Réveillé tous les jours à 5 heures du matin, Juan Gomez est aussi un travailleur acharné qui "n’envisage pas d’arriver à l’antenne sans avoir travaillé à fond [son] sujet. Je dois être capable de répondre de la manière la plus pertinente qui soit à mes auditeurs". Sa collaboratrice, Camille Deloche, rappelle : "On travaille à flux tendu et chacun dans l’équipe est autonome. Juan nous fait confiance. C’est quelqu’un qui gère très bien le stress et qui a même besoin de cette adrénaline."

Quand on lui demande comment il vit sa notoriété sur le continent, le journaliste ne peut pas s’empêcher de sourire en évoquant le souvenir d’un voyage en Afrique, où des dizaines de personnes ont suivi sa voiture pour le toucher ou avoir un autographe. "C’est flatteur bien sûr, mais je suis toujours très surpris. Je ne fais qu’une émission de radio, sur des sujets graves en plus. Mais je me dis qu’on répond à une demande." Camille Deloche confirme l’admiration des auditeurs pour Juan Gomez : "C’est le grand frère, la star. Ils ont un lien très affectif avec le programme : c’est leur émission."

Ses nombreux voyages en Afrique, ses rencontres avec son public lors de numéros réalisés sur place l’ont attaché à ce continent qu’il connaît et apprécie de plus en plus. Il regrette d’ailleurs que les médias de l’Hexagone ne se penchent sur l’Afrique que lorsque cela concerne directement les intérêts de la France. Chroniqueur dans l’émission quotidienne de débat et de décryptage de l’actualité 28 Minutes sur Arte, il essaie d’ailleurs d’évoquer quand il le peut les réalités du continent.

Après quinze ans d’émission, Juan Gomez dit n’éprouver aucune lassitude, aucun désir de changement de format ou de sujet. "J’apprends des choses tous les matins grâce aux auditeurs. J’aime le débat, le partage des idées. Je me lève tous les jours avec plaisir."

________

Leïla Slimani

Déjà 200 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici