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RDC : Lubumbashi, une provinciale qui se la joue capitale

La place de la poste, dite place Moïse-Tshombe. © Baudouin Mouanda pour J.A.

Rénovation du centre-ville, aménagement de nouveaux quartiers, amélioration des services... Lubumbashi, le chef-lieu du Katanga a retrouvé son dynamisme. Et s'active pour devenir une métropole du XXIe siècle.

Deuxième agglomération de la RD Congo par sa population, la capitale du Katanga est fière de ses églises, synagogues, temples et mosquées, de ses restaurants italiens, indiens, chinois et, bien sûr, congolais. Carrefour incontournable pour les miniers et leurs prestataires de services, à la porte du vaste marché anglophone de l’Afrique australe, Lubumbashi, la plus méridionale des grandes métropoles francophones, n’usurpe ni la réputation de ville cosmopolite ni celle de centre nerveux des affaires qui lui collent aux artères.

Portable dans une main, attaché-case dans l’autre, la plupart de ses visiteurs arrivent visiblement des quatre coins du monde. Pourtant, ceux qui débarquent pour la première fois à l’aéroport international de la Luano cachent mal leur étonnement à la découverte de son unique piste et de sa petite aérogare qui ne paient vraiment pas de mine. Qu’importe, malgré l’étroitesse et la vétusté du bâtiment, des dizaines d’agents de différents services s’affairent. Dans la salle des bagages, un tapis roulant fatigué tourne au ralenti devant une foule de voyageurs et de parasites agglutinés. Il y a de l’exaspération dans l’air… C’est le moment que choisit un Lushois pour détendre l’atmosphère : "Bientôt, tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir ! claironne-t-il. Les Chinois sont en train de construire un terminal moderne."

Les volants sont à droite, comme dans l’ancien empire britannique. Lubumbashi est à moins de 40 km de la Zambie et ses importations viennent essentiellement d’Afrique australe.

Dehors, des dizaines de véhicules attendent. Les volants sont à droite, comme dans l’ancien empire britannique. Lubumbashi est à moins de 40 km de la Zambie et ses importations viennent essentiellement d’Afrique australe. Il en a toujours été ainsi depuis la fondation de la ville par les Belges, en 1910. Elle s’appelait alors Élisabethville, en hommage à l’épouse du roi Albert Ier, et fut rebaptisée en 1966 du nom de la Lubumbashi, une rivière qui la traverse – mais qu’une végétation sauvage a réduit aujourd’hui à sa plus simple expression, celle d’un ru.

Relance des activités minières

Au commencement était le cuivre. Le minerai, qui a motivé la création de la ville, a pendant des décennies fait le bonheur de l’Union minière du Haut-Katanga (UMHK), société belge, puis, à partir de 1967, de la Générale des carrières et des mines (Gécamines). Cette entreprise d’État congolaise fut le plus gros employeur de Lubumbashi, avec 33 000 salariés dans les années 1980, jusqu’à son déclin, accéléré à partir des années 1990 par la fluctuation des prix du cuivre, la mauvaise gestion et la baisse de la production liée au manque d’investissements dans les installations.

>> Lire aussi notre dossier : Katanga : du bon usage des mines

Une descente aux enfers qui a évidemment aggravé le chômage et les problèmes sociaux dans la ville. En 2012, l’effectif de la Gécamines ne comptait plus que quelque 9 500 employés. Et cette année, avec la mise en oeuvre du plan social (une enveloppe estimée à 160 millions de dollars, soit plus de 115 millions d’euros) prévu par son cadre stratégique de développement 2012-2015, il va être réduit de moitié.

Toutefois, depuis qu’elle a fêté son centenaire, en 2010, la métropole a retrouvé son dynamisme d’antan. La relance des activités minières a attiré de nouveaux investisseurs dans l’industrie comme dans les services et permis de décupler les recettes de la province (qui contribue pour près de 50 % au PIB du pays). Le budget de celle-ci est passé de 113 millions de dollars en 2007 à 658 millions en 2012, ce qui a permis au gouverneur, l’homme d’affaires Moïse Katumbi Chapwe, d’engager la remise à niveau des infrastructures du Katanga, et de Lubumbashi en particulier : réhabilitation d’écoles, asphaltage des principales artères de la ville, réhabilitation des 200 km de la route nationale 1 (RN 1) reliant Likasi et Kasumbalesa (poste frontière avec la Zambie) via le centre de Lubumbashi…


Les travaux d’assainissement font partie des priorités. © Baudouin Mouanda pour J.A.

Pâte de farine de maïs et poissons chinchards

De son côté, Jean-Oscar Sanguza Mutunda, maire de la ville depuis 2010, a fait de la lutte contre l’habitat anarchique et l’insalubrité son cheval de bataille. Un vaste chantier, car la croissance de la population complique la modernisation des différents quartiers et aggrave les déficits en services essentiels : habitat, fourniture en eau et en électricité, voirie (bitumage, feux de signalisation, passages piétons, caniveaux, etc.)… Sans parler d’un réseau de transports en commun encore inexistant. De "grands bus" font la navette avec les cités voisines, quelques-uns ont été offerts à l’université, mais pour relier les différents quartiers il n’y a que les taxis, les inconfortables taxis-bus et le système D. Il reste donc beaucoup à faire pour se mettre aux normes d’une métropole moderne.

Autre problème urgent à résoudre pour Lubumbashi : l’absence d’autosuffisance alimentaire. Depuis toujours, la ville dépend (trop) largement de l’extérieur pour se nourrir. "Le repas d’un Lushois moyen, composé de pâte de farine de maïs et de poissons chinchards, est dans sa totalité d’origine étrangère. La Zambie fournit la farine de maïs, la Namibie le chinchard, l’huile de palme raffinée vient de Malaisie, le sel de cuisine du Botswana, etc.", écrit John Mulowayi Katshimwena, enseignant à l’Institut supérieur pédagogique de la ville, dans Lubumbashi, cent ans d’histoire (ouvrage collectif paru en 2013 aux éditions L’Harmattan).

Dans la ceinture minière très urbanisée du Sud katangais, l’extension urbaine et l’essor des activités extractives ont fait passer le développement agropastoral au second plan.

Dans la ceinture minière très urbanisée du Sud katangais, l’extension urbaine et l’essor des activités extractives ont fait passer le développement agropastoral au second plan. En 2007, pour augmenter la production de maïs, l’exécutif provincial a donc invité les miniers, ainsi que les deux brasseries implantées dans la province, à en cultiver au moins 500 ha chacun. Depuis 2010, cette invitation est devenue obligation, ce qui a permis de diminuer les importations. Mais encore faut-il transformer cet aliment, consommé principalement sous forme de bukari (pâte de farine de maïs). Si, dans les villages, on le fait de manière artisanale, les consommateurs lushois ont besoin qu’on leur fournisse le produit fini : la farine. C’est le travail des minoteries Mukalay, Alfa Mining et African Milling Company Congo – la plus grande du pays, qui vient d’être construite sur la route de Kinsevere. Sans compter les unités des groupes miniers qui réservent leur production à leur personnel, comme la Minoterie de Lubumbashi (Gécamines) ou Agrifood (Groupe Forrest International). Mais, là encore, l’offre locale reste largement insuffisante.

Chômage persistant

Or le prix élevé des produits importés pèse lourd dans le panier de la ménagère. Et, dans la capitale katangaise, la pauvreté affecte encore la majeure partie des habitants, pour lesquels le chômage est le principal sujet d’inquiétude. En effet, la relance des activités minières est encore loin d’avoir redonné du travail à tous les Lushois, dont certains reprochent aux investisseurs de préférer sous-traiter leurs activités à des entrepreneurs et des employés étrangers plutôt qu’à des locaux. Au cours d’une table ronde organisée à Lubumbashi le 24 janvier, la Fédération des entreprises du Congo (FEC) a d’ailleurs rappelé les miniers à l’ordre pour qu’ils inversent cette tendance.

Jean-Oscar Sanguza Mutunda est pour sa part optimiste à cet égard, estimant qu’il faut laisser aux compagnies le temps de s’installer et de développer leurs opérations avant qu’elles recrutent à grande échelle. Même chose pour les commerces, les banques, les hôtels et les nombreuses entreprises de services qui se sont créés ou implantés à Lubumbashi dans leur sillage. Ce sur quoi tout le monde s’accorde, c’est que "la capitale du cuivre" a retrouvé de son lustre, conforte sa position de poumon économique du pays, et semble bien partie pour devenir l’une des métropoles les plus dynamiques d’Afrique centrale.

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L’shi ou Lubum (les "petits noms" de Lubumbashi), c’est …

o Une superficie de 747 km2, dont seuls 19 % sont urbanisés

o 7 communes : Kamalondo, Kampemba, Katuba, Kenya, Lubumbashi, Ruashi et la commune Annexe (urbano-rurale, ceinturant les autres)

o 2 millions d’habitants, contre 1,5 million pour Kolwezi et 500 000 pour Likasi, les deux autres grandes villes du Katanga. La province compte 10 millions d’habitants

 

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