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Lubumbashi, mosaïque urbaine

La statue de Moïse Tshombe, place de la Poste, est une lieu de rendez-vous. © B. Mouanda pour J.A.

Bouillonnante et policée, industrieuse et fêtarde, citadine et rurale, sportive et créative, la métropole katangaise, Lubumbashi est tout cela à la fois.

Loin du gigantisme de certaines métropoles africaines, malgré son statut de capitale provinciale et de poumon économique du pays, Lubumbashi a l’air d’une ville de taille moyenne, très animée mais assez sage. Les hautes tours n’ont pas encore défiguré le paysage urbain et, même si l’on commence à construire de petits immeubles de 5 à 6 étages, les maisons de plain-pied sont toujours la norme. Par ailleurs, la circulation reste raisonnable et, contrairement à la plupart des grandes agglomérations du continent, à commencer par Kinshasa, Lubumbashi s’avère propice à la marche. Grâce à sa superficie ramassée, à sa disposition en damier, qui permet de s’orienter facilement, et à la qualité de son aménagement, on peut en effet agréablement la découvrir à pied ou à vélo.

Considérée comme le coeur de la ville, la place de la Poste, appelée aussi place Moïse-Tshombe (qui fut président de l’État du Katanga indépendant de juillet 1960 à janvier 1963), est le point de rencontre par excellence. Les Lushois viennent s’y retrouver, s’y reposer, se faire photographier au pied de la statue du leader sécessionniste ou, tout simplement, attendre le minibus qui les ramènera dans leur quartier. À quelques mètres de là, un arrêt devant la jolie gare de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) s’impose pour honorer la mémoire de la ville, car le rôle du rail y a été plus qu’important… même si, pour le moment, presque plus aucun train n’en part.

Lubumbashi au grand coeur

Le centre-ville compte encore nombre de bâtiments remarquables par leur architecture coloniale et accueille les sièges des institutions provinciales, les grands magasins et les principaux centres culturels. Parmi eux, la Halle de l’Étoile (du nom de la première mine exploitée dans la province et que l’on peut toujours visiter à la Ruashi), qui abrite l’institut français, permet aux nombreux artistes et créateurs de rencontrer leur public. Rouvert en 2004, le lieu dispose d’une salle de spectacle, d’un centre d’expositions, d’une médiathèque (en accès libre), d’un patio et d’un bar, le Café Jazz. Les pièces de théâtre et les concerts, quand ils ne sont pas gratuits, ne coûtent pas plus de 2 dollars (1,50 euro).

Le Musée national de Lubumbashi, également rénové il y a peu, offre une importante collection ethnographique et travaille en association avec le Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren (Belgique). Il accueille par ailleurs la galerie Dialogues et un atelier pédagogique, créés et soutenus par la Fondation Rachel-Forrest et visant à promouvoir les artistes contemporains.

Non loin de là, au croisement des avenues Kimbangu et Lumumba (tous deux morts à Élisabethville, en 1951 pour le premier et en 1961 pour le second), l’Institut des beaux-arts forme les futurs plasticiens. C’est aussi le quartier des "cercles" – belge, grec ou encore italien – où se retrouvent les descendants d’ex-cadres de l’Union minière du Haut-Katanga et de la Gécamines ou de familles de colons, ainsi que les expatriés. À quelques mètres du musée, le Bâtiment du 30-Juin, ancien théâtre, est le siège de l’Assemblée provinciale du Katanga. Celui du gouvernorat est situé dans un square, entre la majestueuse cathédrale ocre-rouge Saints-Pierre-et-Paul et le Jardin zoologique.

Particularité de la commune de Lubumbashi : elle offre encore des espaces verts relativement nombreux. Dans sa partie ouest, le quartier du lac est idéal pour la détente et les loisirs. À côté du parcours de golf, inauguré en 2010, le complexe de La Plage propose activités sportives (baignade, pédalo, beach-volley, etc.), restaurants, glacier, pâtisserie. De l’autre côté de la route du Golf, les amoureux des chevaux apprécieront le petit centre équestre du Centaure et, 2 km plus au sud, le Cercle hippique, qui organise chaque année en octobre le Concours international de saut (CSI), ainsi que le grand derby Maggy-Forrest.

Voyages culinaires

Le cosmopolitisme qui caractérise Lubumbashi depuis sa fondation passe par les plaisirs de la table. Chaque communauté, en s’enracinant, a apporté sa cuisine. Belges, Grecs, Italiens, Indiens, Ouest-Africains, Libanais, Chinois… Tous ont leurs restaurants : gastronomie belge au restaurant du cercle belge (avenue Kilela-Balanda), au Percheron (Cercle hippique), chez Le Boucher ou Les Artistes (à La Plage), cuisine hellène raffinée pour Tony & Tony (square Forrest) ou La Taverna (cercle grec, avenue Lumumba). On peut aussi se régaler à La Casa dell’Italiano du cercle italien ou au Ristorante italiano (avenue Lumumba), chez Le Maharaja (avenue Lomami), Mianga saveurs d’Afrique (avenue de la Libération), etc. Sans oublier les spécialités congolaises du Perroquet (avenue Kasa-Vubu), de La Calebasse (avenue Jason-Sendwe), du Village (dans le prolongement de l’avenue du 30-Juin) ou du Bush Camp (avenue Kapwassa), incontournable institution de la grillade tenue depuis vingt ans par un couple de Bruxellois.

Surtout, on ne peut pas séjourner à Lubumbashi sans goûter le bukari, foufou de maïs qui constitue la base de l’alimentation locale et s’accompagne de poisson (notamment de bitoyo, tilapias séchés et salés), de viande ou de légumes, à déguster dans tous les bons restaurants du centre-ville et, pourquoi pas, dans les malewa des communes populaires.

Enfin, la métropole katangaise compte quelques pâtissiers et glaciers à se damner. Les plus fréquentés sont La Brioche (chaussée Laurent-Désiré-Kabila) et Vanille & Chocolat (avenue Jason-Sendwe) dans le centre-ville et, à La Plage, le glacier Miga Gelato.

Kamalondo, cité d’ambiance

Si le centre-ville est assez policé et peu bruyant, ce n’est pas le cas de sa voisine du sud, la commune de Kamalondo qui, elle, compte fort peu d’espaces verts. Très populaire, elle est pour les Lushois la "cité d’ambiance" par excellence. Une réputation datant de l’époque coloniale, où elle fut le fief des tout premiers "évolués" (Congolais considérés comme "civilisés" par les colons) et le lieu où les Noirs ouvrirent leurs premiers bars, symboles d’émancipation.

>> Lire aussi : loisirs, les incontournables de "Lshi"

Aujourd’hui, elle compte un nombre impressionnant de cafés qui diffusent de la musique à pleins tubes, de malewa (petits restaurants) et de boîtes de nuit. Kamalondo accueille une importante communauté ouest-africaine, d’où la présence de la plus ancienne mosquée de la ville, ainsi que de nombreux vendeurs de rue spécialisés dans les grillades (mouton, chèvre, poulet et abats, dits mitshopo), très appréciées.

Mais le succès de Kamalondo est aussi lié au football. La commune abrite sur son territoire le plus grand stade de la métropole (35 000 places), dont le club résident n’est autre que le plus important de la ville et du pays : le Tout-Puissant Mazembe, présidé par le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi Chapwe. "Il y a une véritable mazembemania ici. Les jours où Mazembe joue, tout Kamalondo s’habille en noir et blanc, les couleurs du club. On y vend des maillots de l’équipe", raconte un supporteur.

Les billets sont électroniques et vendus deux jours avant chaque match, ce qui favorise le marché noir. On trouve désormais dans le stade une boutique et des salons VIP, à réserver à l’avance (moyennant 500 dollars par personne), où l’on peut se restaurer et recevoir des invités tout en regardant le match à travers la vitre ou sur grand écran. Beaucoup d’entreprises, dans le cadre de leur soutien au club, réservent à l’année. Après le match, le commun des Lushois se retrouve, entre autres, chez Mimi Muzungu (Mimi "La Blanche"), un restaurant archicomble les jours de match et célèbre pour sa soupe à base de tête et pattes de chèvre.


À Kamalondo, fief du TP Mazembe, on se retrouve chez Mimi Muzungu les soirs de match.
Sikasso pour J.A.

La Kenya, commerçante

Quelques centaines de mètres vers le sud et on arrive à la Kenya – ainsi nommée parce que des soldats congolais ayant pris part à la Seconde Guerre mondiale s’étaient retrouvés un temps au Kenya avant de revenir au bercail. Accueillant un autre grand lieu de rencontres sportives, le stade municipal Kibasa-Maliba, la commune est certainement l’une des plus dynamiques et des plus commerçantes de la ville. Il n’y a qu’à visiter son marché (le plus grand de Lubumbashi) et ses innombrables entrepôts pour s’en rendre compte. Cela n’a pas manqué d’attirer l’attention des hommes d’affaires du centre-ville, qui y ont ouvert des magasins (comme Jambo Mart). Au bout du marché, l’un des principaux monuments de la Kenya est la basilique Sainte-Marie, ocre-rouge comme la cathédrale, mais encore plus imposante. Jadis réputée malfamée et "pleine de voyous", cette partie de la ville avait été qualifiée de "commune rouge" par les Lushois. Un surnom qu’on lui donne encore parfois, mais plutôt pour son ambiance bouillonnante – parfois, il est vrai, jusqu’à la fièvre.

À l’ouest, de l’autre côté de la rivière Lubumbashi, Katuba, créée dans les années 1950 pour répondre à la croissance démographique, est la commune urbaine la plus étendue et la deuxième en termes de population (essentiellement kasaïenne) après celle de Kampemba. Cité industrielle, elle compte aussi de nombreux artisans. L’une de ses principales attractions est son marché, situé sur la route de Kipushi. Il porte le nom de Malu Mmantonda, ce qui veut dire en tshiluba : "je suis dépassé par les événements". C’est pourquoi on y trouve de tout à des prix extrêmement bas, l’objectif de chacun étant de se débarrasser de certains objets pour gagner quelques sous.


Le vélo est le moyen de transport privilégié des maraîchers des quartiers urbano-ruraux. © B. Mouanda pour J.A.

La Ruashi, l’art et la mine

Les uns vous diront que c’est la commune la plus propre, les autres qu’elle approvisionne en légumes toute la capitale provinciale. Bien qu’urbaine, la Ruashi (dans le nord-est de la ville) se distingue par ses espaces verts. C’est sur son territoire que se trouve la première mine exploitée de façon traditionnelle avant la colonisation et la création de la ville. Aujourd’hui encore, des creuseurs continuent à tenter leur chance dans l’espoir d’améliorer le quotidien.

La Ruashi est aussi considérée comme la commune la plus culturelle de Lubumbashi. Elle abrite un marché des oeuvres et objets d’art et, surtout, de nombreux ateliers d’artistes peintres, de plasticiens, ainsi que d’artisans qui gagnent leur vie en fabriquant des objets en malachite, ce carbonate de cuivre de couleur vert vif. Ils confient leur production à des vendeurs qui se chargent de l’écouler, notamment auprès de visiteurs de passage à Lubumbashi.

Dans de beaux draps

Depuis quelques années, le parc hôtelier de Lubumbashi ne cesse de s’améliorer. La ville dispose désormais d’une trentaine d’hôtels de standing (et de quelques excellentes maisons d’hôtes). La plupart proposent des chambres climatisées, une connexion à internet, un restaurant où la cuisine étrangère n’éclipse pas celle du pays, une piscine et parfois une discothèque. Les prix sont raisonnables : de 140 à 350 dollars (de 100 à 250 euros) la nuitée pour les plus haut de gamme, et de 30 à 100 dollars pour les plus modestes.

La palme va au Grand Karavia : 194 chambres sur 6 étages, centre de conférences, restaurant, jardin, piscine… Donnant sur le golf et situé à quelques centaines de mètres du lac Kipopo, ce cinq-étoiles a été restauré et rouvert en 2010 par le groupe britannique Lonrho. Grand confort également au Planet Hollybum, avenue Kilela-Balanda, dans une ambiance intimiste (26 chambres, boutique artisanale, jardin, piscine…), même si sa discothèque et son restaurant (pizzas, cuisine française et spécialités congolaises) sont très fréquentés.

En plein centre-ville, avenue du 30-Juin, le Lubumbashi (36 chambres), ouvert en 2009 par le groupe Simco, mérite bien ses trois étoiles. Tout aussi central, au croisement de l’avenue Munongo et de la chaussée Laurent-Désiré-Kabila, le Park Hotel est l’un des plus anciens de la ville (ex-Hôtel Léopold-II, construit en 1929). L’immeuble de style colonial a gardé tout son charme, et son restaurant, le Safari Grill, lové dans un patio arboré, est particulièrement réputé. Enfin, non loin de là, plus modeste et nécessitant un bon rafraîchissement, le Bellevue, situé à l’angle des avenues Munongo et Mwepu, est une référence architecturale du centre-ville. Le bâtiment à façade circulaire orné d’un balcon à colonnades a été transformé en hôpital de la Croix-Rouge italienne de 1960 à 1980, avant de retrouver sa fonction d’hôtel et d’être classé au patrimoine mondial de l’Unesco.


Le Grand Karavia, rouvert en 2010. © Sikasso pour J.A.

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