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Centrafrique : Didier Kassaï dessine l’horreur au quotidien

L'auteur de ce récit autobiographique, Didier Kassaï, est chrétien marié à une musulmane. © © Didier Kassaï

Dessinateur originaire de Sibut, Didier Kassaï publie "Bangui, terreur en Centrafrique", récit autobiographique se déroulant fin 2013 et début 2014 dans la capitale. Saisissant.

Un récit autobiographique de cinq épisodes aux accents de journalisme citoyen qui témoigne de ce qu’est devenue la vie quotidienne pour les habitants de Bangui : un enfer. À 39 ans, Didier Kassaï publie "Bangui, Terreur en Centrafrique" dans La Revue dessinée, un magazine trimestriel de reportages en bande dessinée.

Illustrateur, caricaturiste et aquarelliste, Didier Kassaï est un pur autodidacte. La fibre artistique lui a été transmise par sa mère, décoratrice de tissus de pagnes et de calebasses. "Le dessin, c’est d’abord une affaire de famille, explique-t-il. Mes cinq frères sont dessinateurs."

Né en 1974 à Sibut, il débarque à Bangui en 1993. Quatre ans plus tard, il est engagé comme caricaturiste au quotidien Le Perroquet, avant de participer, grâce à l’Agence française de développement (AFD), aux Journées africaines de la bande dessinée à Libreville, en 1998, lors desquelles il est désigné à sa plus grande surprise meilleur dessinateur.

En 2006, il est lauréat du prix Africa e Mediterraneo à Bologne pour Azinda et le mariage forcé, et du concours panafricain Vues d’Afrique pour Bangui la coquette, au Festival d’Angoulême. Enfin, en 2009, il obtient le prix du meilleur projet pour Pousse-pousse, au Festival d’Alger.

Les événements qu’il relate dans son dernier ouvrage se sont déroulés entre le 5 décembre 2013 et le 4 janvier 2014. Une période ô combien symbolique puisqu’elle commence le jour de l’attaque des anti-balaka sur Bangui. "On avait déjà vécu pas mal de choses terribles avant, mais le 5 décembre a tout changé", explique Didier Kassaï.

>> Lire aussi : Un an après le coup d’État, le chaos règne en Centrafrique

Dans les jours qui suivent, la colère de l’ancienne rébellion, qui a perdu quelques-uns de ses généraux, s’abat sur Bangui. Sur la première case de la page 10 de "Bangui, terreur en Centrafrique", des dizaines de corps sans vie jonchent le sol devant l’entrée de l’Hôpital de l’amitié. "Les Séléka les ont fait sortir avant de les exécuter", raconte Didier Kassaï. Dans son quartier de Bongo, près du PK 12, à la sortie nord de Bangui, les tensions communautaires atteignent alors leur paroxysme. "Il suffisait d’avoir un parent musulman ou proche de la Séléka pour être la cible des attaques des anti-balaka." C’est le cas de Didier Kassaï, qui est chrétien et dont la femme est musulmane. Plusieurs fois arrêté par des membres de ces milices, il décide de fuir. Après un bref passage dans le camp de réfugiés près de l’aéroport de la capitale, le dessinateur vit désormais avec sa belle-famille dans le sud de la ville, sur les berges du fleuve Oubangi.

Bandits

Didier Kassaï porte un regard lucide sur la crise que traverse son pays depuis le coup d’État de mars 2013. Ses concitoyens ont d’abord subi les exactions de la Séléka, qui "en arrivant au pouvoir a voulu écraser tout le monde, en commençant par les anciens Faca (Forces armées centrafricaines) qui se faisaient tuer presque tous les jours, parfois avec une partie de leur famille". Puis ce fut au tour des milices anti-balaka de s’en prendre aux civils musulmans. Le dessinateur estime que le combat de ces milices d’autodéfense a été perverti par "des bandits dont le seul but est de piller". La preuve ? Aujourd’hui, dans les quartiers vidés de musulmans, les chrétiens sont aussi victimes de violences et de braquages orchestrés par des hommes qui se réclament des anti-balaka.

À l’heure où la menace de scission plane sur son pays, le dessinateur, qui a vécu dans le Nord-Est, non loin de Birao, la capitale de la Vakaga, juge que la résolution de la crise passe par la prise en compte des revendications des populations du Nord. Et par la réhabilitation de "ces zones où les élèves ne finissent parfois pas l’école primaire, où les habitants vont chercher du travail au Tchad et au Soudan, parlent l’arabe et oublient même que leur capitale est Bangui".

>> "Bangui, terreur en Centrafrique", gratuit sur le site de La Revue dessinée.

Voir : sur le site de La Revue dessinée : La terreur en Centrafrique.

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Par Vincent DUHEM

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