Chine : bébés en boîte

La "boîte à bébés" de Guangzhou a acceuillé 262 enfants depuis le 28 janvier. © Nan sha / Imaginechina / AFP

En Chine, où n'existent ni protection sociale ni accouchement sous X, des structures d'accueil pour enfants abandonnés - et souvent handicapés - sont mises en place.

"Ma fille ne pourra grandir normalement, elle souffre de leucémie, et nous sommes trop pauvres pour payer ses soins." En larmes, la jeune femme raconte à un journaliste du Times, à Guangzhou, la grande ville du sud de la Chine (qu’on appelait naguère Canton), les raisons qui l’ont poussée à abandonner son enfant de 5 ans. Après avoir sonné à une porte dérobée, elle a laissé le bambin dans une pièce sans fenêtre. Quelques minutes plus tard, celui-ci a été pris en charge par une infirmière, enregistré comme "abandonné" et confié à un orphelinat.

La "boîte à bébés" de Guangzhou a été créée le 28 janvier. Depuis, elle a accueilli 262 enfants. L’affluence est telle qu’elle a été contrainte de fermer au bout de deux mois. Pourtant, le gouvernement a décidé de développer des initiatives de ce type dans dix autres provinces. Ce sont donc vingt-cinq "boîtes à bébés" qui ouvriront leurs portes d’ici à 2015.

L’initiative fait polémique

Ce terme d’"abandon" est excessif. Les familles n’ont souvent d’autre choix que de confier leur bébé, souvent handicapé, à la collectivité : elles n’ont pas les moyens de financer de coûteux traitements, et la protection sociale est quasi inexistante. Par ailleurs, la législation ne reconnaît pas l’accouchement sous X et punit l’abandon d’enfant ainsi que les grossesses hors mariage. Le gouvernement pense donc avoir trouvé une réponse à ce drame. "Nous ne pouvons empêcher les abandons, mais nous pouvons faire en sorte d’en changer l’issue", justifie le directeur du centre de Shijiazhuang, où a été installée la première "boîte à bébés". Mais l’initiative fait polémique. "C’est un encouragement à l’abandon", estiment plusieurs internautes sur des forums entièrement consacrés au sujet.

les familles pauvres privilégient les petits garçons en bonne santé et abandonnent ou vendent les petites filles, les malades et les handicapés.

L’enfant unique reste la norme dans une grande partie du pays, surtout au sein des familles d’ouvriers migrants, qui n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins de plusieurs enfants, et, moins encore, de payer des amendes parfois lourdes en cas de grossesses multiples. Résultat : elles privilégient les petits garçons en bonne santé et abandonnent ou vendent les petites filles, les malades et les handicapés.

"Interdire les "boîtes à bébés" au motif qu’elles favorisent l’abandon d’enfant reviendrait à sacrifier sciemment la vie de nouveau-nés, ce qui est contraire à la loi et à la moralité publique", argumente Tang Rongsheng, directeur du Centre du bien-être de Shenzhen, cité par l’agence de presse Églises d’Asie.

En Corée du Sud et au Japon, des initiatives similaires ont été mises en place, mais en Chine elles pourraient prendre des proportions considérables. Un sondage du planning familial de la province du Guangdong révèle que la moitié des jeunes migrantes, qui constituent une part importante des 10 millions d’habitants de la ville de Shenzhen, ont des relations sexuelles hors mariage. Une sur deux se retrouve enceinte au moins une fois. Et comme en Chine avoir un enfant hors mariage est puni par la loi, les mères célibataires peuvent être poursuivies en justice. Si le père les abandonne, les jeunes filles n’ont donc souvent d’autre choix que l’avortement, l’abandon, voire le meurtre de leur bébé.