Mines : pétromonarchies cherchent bons filons africains

Par Jeune Afrique

Des techniciens à l‘usine de Kamsar (Guinée), où transite le minerai extrait du gisement de Sangarédi, exploité par des entreprises émiraties. © Georges Gobet/AFP

Soucieux de sécuriser leurs approvisionnements, les pays du Golfe lorgnent de plus en plus l'or, la bauxite ou le cuivre africains.

Depuis plusieurs années, les rapports de Deloitte l’annoncent : le Moyen-Orient est en passe de devenir un acteur majeur du secteur minier. Selon les consultants du cabinet, tous les indices sont réunis : une hausse des besoins en matières premières due à la multiplication des projets d’infrastructures, une capacité d’investissement élevée et la volonté des pétromonarchies de diversifier leurs économies. La prédiction semblait hasardeuse jusqu’à l’accord conclu le 25 novembre 2013 entre Conakry et le consortium Guinéa Alumina Corporation (GAC) regroupant Dubai Aluminium et le fonds émirati Mubadala Development Company.

Avec ce premier deal en Afrique de l’Ouest, les Émirats arabes unis affichent clairement leurs ambitions. Cinq milliards de dollars devraient être investis dans les huit prochaines années pour le développement de la mine de bauxite (utilisée pour la fabrication de l’aluminium) de Sangarédi, située dans le nord-ouest du pays.

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Offshore

Un milliard sera consacré à l’exploitation du gisement, tandis que les quatre autres serviront à construire une raffinerie d’une capacité annuelle de 2 millions de tonnes d’alumine, ainsi qu’un port à Kamsar destiné à exporter le minerai. Le projet devrait créer 14 000 emplois. Un accord qui tombe à pic pour le gouvernement guinéen après une série de déconvenues dans le secteur minier ces dernières années.

Mais ces engagements sont-ils crédibles ? « Ce sont des entreprises publiques, elles ont donc de solides garanties financières », avance Baba Hady Thiam, un avocat guinéen. Le projet s’inscrit en outre dans une véritable stratégie industrielle. En juin dernier, Dubai Aluminium et le fonds Mubadala ont annoncé que leur coentreprise serait le cinquième producteur mondial d’aluminium à la fin du premier semestre de 2014. Très énergivore, cette industrie bénéficie aux Émirats d’un accès à une électricité à bas coût.

La prise de contrôle de Sangarédi sécurisera une partie de leurs approvisionnements. Reste que, pour certains observateurs, la création de 14 000 emplois semble très improbable. Des doutes qui n’émeuvent pas le ministre guinéen des Mines, Mohamed Lamine Fofana : « L’accord répond aux priorités et aux besoins actuels de la Guinée. C’est un catalyseur pour une plus grande implication des Émirats arabes unis. »

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Sérieux

Cet accord a visiblement fait des émules. Lors du troisième sommet afro-arabe qui s’est tenu à Koweït en novembre 2013, le président nigérien Mahamadou Issoufou a appelé de ses voeux de futurs partenariats avant d’entamer une visite officielle en Arabie saoudite.

« Plusieurs structures du Qatar et du Koweït se sont montrées intéressées par les ressources en uranium du pays, même si rien de concret n’a encore été vraiment lancé. L’intérêt du Niger est économique, mais aussi politique, avec un but clair : mettre la pression sur Areva [partenaire avec lequel l’État négocie une hausse de la fiscalité] », explique un avocat d’affaires.

Pour l’heure, c’est au Soudan qu’un autre projet minier porté par un investisseur arabe fait parler de lui. Associé au canadien Diamond Field International, le saoudien Manafa International Trade Company, conglomérat présent notamment dans l’industrie pétrochimique, détient depuis 2010 un permis pour exploiter des gisements offshore d’or et de cuivre, respectivement évalués à 150 tonnes et 1 million de tonnes. Les opérations devraient débuter cette année, mais la chute vertigineuse du cours du métal jaune depuis un an pourrait mettre, au moins temporairement, un terme à l’aventure.