Mines : Jakarta revoit son agenda

La mine d'or de Grasberg en Indonésie est exploitée par la compagnie américaine Freeport-McMoran Copper & Gold. © Reuters

L'interdiction d'exporter tous les minerais bruts, afin d'en favoriser la transformation sur place, devait entrer en vigueur le 12 janvier en Indonésire. Elle a finalement été très assouplie sous la pression des compagnies privées.

Cela faisait déjà plusieurs mois que les analystes, les marchés et les multinationales du secteur scrutaient avec attention l’entrée en vigueur de la loi indonésienne interdisant les exportations de minerais bruts (bauxite, nickel, cuivre, fer, zinc, etc.). Jakarta entendait ainsi favoriser l’émergence d’une industrie locale de transformation dans un secteur stratégique, représentant une manne financière de plus de 10 milliards de dollars en 2012 (7,4 milliards d’euros), soit 5 % des exportations du pays, d’après la Banque mondiale.

Lobbying

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Mais les autorités ne sont finalement pas parvenues à résister au lobbying des grands groupes. Initialement prévues pour débuter le 12 janvier dernier, les restrictions aux exportations de minerais bruts ont été revues à la baisse une heure seulement avant la date butoir…

De quoi réjouir les investisseurs, notamment les firmes américaines Newmont et Freeport McMoRan Copper & Gold, cette dernière exploitant l’une des plus grandes mines d’or et de cuivre du monde dans la province de la Papouasie.

Ce coup de théâtre de dernière minute émane directement du président de la République, Susilo Bambang Yudhoyono. Il a signé une nouvelle réglementation permettant à une soixantaine de groupes miniers nationaux et étrangers d’exporter du cuivre, de l’étain, du fer, du manganèse et du zinc jusqu’en 2017.

Les contours de cette nouvelle loi restent flous, mais les acteurs du secteur se sont engagés à construire des raffineries pour traiter les minerais bruts. Des taxes à l’exportation ont été par ailleurs instaurées. Elles augmenteront progressivement dans les trois prochaines années. En revanche, l’embargo sur les exportations de bauxite et de nickel – ressources rapportant plus de 2 milliards de dollars de revenus par an au pays – est maintenu.

Réaction

Les marchés ont immédiatement réagi, et le cours du nickel a progressé de plus de 2 %, à 14 190 dollars la tonne, le 13 janvier, au London Metal Exchange. Car l’Indonésie est le premier exportateur mondial de ce minerai nécessaire à la fabrication d’acier inoxydable, mettant sur le marché entre 18 % et 20 % de l’offre mondiale, selon la banque Goldman Sachs.

Se montrant rassurant face à une baisse de l’offre indonésienne pour la bauxite et le nickel, Jero Wacik, le directeur général de la branche charbon et minerais du ministère de l’Énergie et des Mines, a déclaré que son pays disposait de suffisamment de capacités de raffinage (en activité, en construction ou en projet) pour traiter ces deux minerais.

Bras de fer

Entamé en 2009 au moment de l’adoption du nouveau code minier, le bras de fer engagé par les compagnies avec le gouvernement a donc largement tourné en leur faveur. Sûres de leur fait, elles n’avaient d’ailleurs pas consenti les investissements pour construire les usines indispensables au traitement des minerais, invoquant une baisse de la rentabilité et refroidies par l’obligation de laisser la majorité du capital à des investisseurs indonésiens.

Elles avaient également mis en garde les autorités sur les conséquences à court terme de l’interdiction totale des exportations. Selon elles, non seulement les revenus du pays en auraient souffert, mais de nombreux emplois auraient été menacés le temps de la construction des usines. Reste que, sur le long terme, l’Indonésie a bien évidemment tout à gagner à développer une industrie de transformation.

En Afrique, des situations comparables existent. Au Katanga, dans le sud de la RD Congo, des annonces pour restreindre les exportations de cuivre et de cobalt sont régulièrement faites, sans qu’elles se soient concrétisées pour l’instant. Plus au sud, le voisin zambien a renoncé à imposer une taxe de 10 % sur les exportations de cuivre brut. Résister aux multinationales n’est définitivement pas une mince affaire.