Daphne Mashile-Nkosi, au nom des siennes

Daphne Mashile-Nkosi, le 16 décembre 2013, lors d'une séance de travail à Paris. © Camille Millerand/JA

Militante passée au monde des affaires, Daphne Mashile-Nkosi est la première femme à diriger une compagnie minière en Afrique du Sud.

À 55 ans, Daphne Mashile-Nkosi reste une exception en Afrique du Sud, à plus d’un titre. Non seulement elle fait partie des rares femmes noires chefs d’entreprise, mais elle est même la seule à ce niveau de responsabilité dans le secteur minier. Kalagadi Manganese, la société qu’elle dirige, exploite trois gisements de manganèse autour de Hotazel, dans la province du Cap-Nord. Leurs réserves sont évaluées à 102 millions de tonnes.

En novembre 2013, la femme d’affaires a reçu les félicitations du ministre du Développement économique Ebrahim Patel lors de l’inauguration de l’usine construite pour exploiter ce complexe minier. Le président Zuma l’a même présentée comme une héroïne. Car Daphne Nkosi entend incarner un nouveau modèle de développement. « Il n’est pas normal que la région du Cap-Nord soit l’une des plus riches et que le taux de pauvreté y soit aussi élevé », déclarait-elle en décembre à The Africa Report.

Transformation locale

Elle a bataillé en justice contre ArcelorMittal, puis fait face à un actionnaire putschiste…

Pour y parvenir, la patronne veut privilégier la transformation locale. Une fois extrait, le précieux minerai va être usiné sur place afin de produire de l’aggloméré de manganèse. Et, à terme, une partie de cette production, 700 000 tonnes sur un total de 2,3 millions, sera destinée à une fonderie qui doit être construite à environ 900 km de distance dans la zone industrielle de Coega, à proximité de Port Elizabeth.

Au total, le complexe minier de Kalagadi Manganese aura nécessité un investissement de 5,3 milliards de rands (356 millions d’euros), dont 1,6 milliard pour la seule usine de production d’aggloméré. Des infrastructures dont les populations locales tireront également profit, qu’il s’agisse de l’accès à l’électricité ou à l’eau potable.

Rien ne prédestinait la militante Daphne Nkosi, née à Soweto, profondément marquée par les émeutes antiapartheid de 1976, à prendre la direction d’une telle entreprise.

Engagée au service de la défense du droit des femmes dans le monde rural, fondatrice d’une banque de développement, elle est entrée dans le secteur minier par accident. Impliquée à Mpumanlanga, elle est remarquée à la fin des années 1990 par son homonyme, Sipho Nkosi, patron de la compagnie charbonnière Eyesizwe, qui souhaite développer un projet dans cette zone.

Sollicitée pour intégrer l’entreprise, elle participe en 2000 au rachat de certains actifs miniers appartenant aux groupes Anglo American et BHP Billiton. Une opération rendue possible grâce aux financements de plusieurs banques dans le cadre de la politique Black Economic Empowerment.

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Bataille judiciaire

Dès l’année suivante, Daphne Nkosi et plusieurs autres femmes d’affaires noires travaillent sur les ébauches du projet d’exploitation de manganèse. Mais ce n’est que quatre ans plus tard qu’elles obtiennent le permis minier. Et c’est seulement avec le soutien de la banque Investec, puis d’Industrial Development Corporation, une institution publique sud-africaine, qu’elles parviennent à payer les études de faisabilité à même de convaincre les futurs investisseurs.

En 2008, Daphne Nkosi et ses partenaires signent un accord avec ArcelorMittal, auquel ils concèdent 50 % du capital contre 318 millions d’euros. Mais le partenariat tourne court. Arguant de problèmes de gouvernance dans la gestion du projet, ArcelorMittal refuse de poursuivre les investissements, et Nkosi doit batailler pendant plusieurs années devant la justice avant de pouvoir racheter la part du groupe basé au Luxembourg. Une opération qui devrait être bouclée en 2014 pour 328 millions d’euros.

En 2010, Daphne Nkosi avait également dû faire face à une tentative de putsch à la tête de Kalagadi Manganese de la part de l’un des actionnaires. Mais là encore, la femme d’affaires fit front et resta à la tête de l’entreprise. Obstinée, parfois autoritaire, mais avec une touche de féminité, insiste-t-elle, la patronne ne baisse jamais les bras. En 2014, sa société devrait réaliser environ 12 milliards de rands de chiffre d’affaires, avec l’objectif d’employer 50 % de femmes.