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Ce jour là : le 7 décembre 1993, la mort d’Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny a incarné la vie politique ivoirienne pendant un demi-siècle. © Capture d'écran / Youtube

Le 7 décembre 1993, il y a tout juste 23 ans, le père de la nation ivoirienne rendait son dernier souffle. Un article sur ce moment clé de la Côte d'Ivoire contemporaine publié pour la première fois dans Jeune Afrique en 2004.

Orange, blanc et vert, les drapeaux ivoiriens sont déployés ce mardi 7 décembre 1993 dans toutes les communes d’Abidjan, qui s’apprête à célébrer le trente-troisième anniversaire de l’indépendance. Pour l’occasion, le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara assiste tôt le matin, en compagnie du président de l’Assemblée nationale Henri Konan Bédié, à une cérémonie de « prise d’armes » au palais présidentiel. Pour la première fois, le chef de l’État Félix Houphouët-Boigny est absent. Il est resté à Yamoussoukro, son village natal. À 10 heures, « Radio-Treichville », la rumeur locale, annonce sa mort. Les officiels ivoiriens ne réagissant pas pour confirmer ou infirmer « l’information », les bruits sur le décès du président se répandent à travers tout le pays.

À la mi-journée, Radio France Internationale (RFI), qui testait ses premières émissions en ondes courtes (FM) en Côte d’Ivoire, rend publique la mort du « père de la Nation ». À 13 heures, Alassane Ouattara la confirme officiellement dans les studios de la Radiotélévision ivoirienne (RTI). Âgé de 88 ans et malade depuis six mois, Houphouët-Boigny souffrait d’un cancer de la prostate. Un mal pernicieux, qui, dès juin, l’avait conduit en France pour des soins. Revenu discrètement sur une civière en Côte d’Ivoire en novembre, Boigny (« bélier », en langue baoulé) ne quittait plus son palais où seuls étaient admis son médecin, la famille restreinte et quelques proches.

Deuil national de deux mois

De nombreux Ivoiriens pleurent la mort de celui qui a incarné la vie politique dans leur pays pendant un demi-siècle en observant un deuil national de deux mois (du 7 décembre 1993 au 7 février 1994). Les héritiers, eux, n’attendront pas pour se disputer la succession. Avant même l’inhumation du « Vieux », son dauphin constitutionnel Henri Konan Bédié s’autoproclame président de la République, tandis que le gouvernement de Ouattara donne sa démission. Un bras de fer oppose les deux hommes, et le pire est évité de justesse : à Abidjan, on parlait déjà de coup d’État.

Quand le baobab s’effondre, comment garder les oiseaux ? Si les héritiers ne se donnent pas la main, ils ne pourront assumer l’héritage

Le 1er février, la dépouille du défunt est transférée à Abidjan pour recevoir les hommages des forces de sécurité et défense ainsi que des représentations diplomatiques. Suivent dignitaires religieux, hauts responsables politiques ou économiques, représentants du monde associatif et culturel… Les 3 et 4 février, tout au long de la journée, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants pleurent devant la dépouille de « Foufoué », comme l’appelaient affectueusement ses compatriotes. Le samedi 5, à 13 heures, le cortège funèbre prend la route de Yamoussoukro ; à 17 heures, il arrive à la fondation Félix-Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Deux jours durant, les hommages affluent.

Aux obsèques, chefs d’État et des représentants de 120 autres pays

Le 7 février, vingt-sept chefs d’État et des représentants de cent vingt autres pays adressent un ultime adieu à Houphouët sous la coupole de la basilique Notre-Dame-de-la-Paix. Il y a là le président français François Mitterrand, son Premier ministre Édouard Balladur et tous les anciens Premiers ministres français. On note aussi la présence de l’ancien chef de l’État français Valéry Giscard d’Estaing, du président de la Commission européenne d’alors Jacques Delors ou encore de Jacques Foccart. Avaient également fait le déplacement de Yamoussoukro les présidents Abdou Diouf, Mobutu Sese Seko, Omar Bongo, Jerry Rawlings, Gnassingbé Eyadéma, etc. Des représentants des organisations internationales, de hauts dignitaires des cinq continents s’inclinent devant la dépouille du vieux « crocodile ». La cérémonie funéraire dure toute la matinée à la basilique, puis, à 17 heures, le corps est solennellement remis à la famille pour l’inhumation dans l’intimité, au coeur de la résidence privée.

Onze ans après la disparition du « père de la Nation »[cet article a été publié en 2004, NDLR], la Côte d’Ivoire est toujours à la recherche de ses repères politiques et sociaux. Dans ce bref laps de temps, le pays a connu en 1995 un boycottage actif des élections accompagné de morts d’hommes, un coup d’État en décembre 1999 ; depuis septembre 2002, une rébellion le coupe en deux. La violence, les assassinats et les règlements de comptes ont remplacé les valeurs de fraternité et de paix que prônait « Oufoué Djaa ».

« Quand le baobab s’effondre, comment garder les oiseaux ? Si les héritiers ne se donnent pas la main, ils ne pourront assumer l’héritage », déclarait, au lendemain de la mort du « Vieux », Alpha Oumar Konaré alors président du Mali. Des propos prémonitoires au regard des conflits de tous ordres que la Côte d’Ivoire connaît depuis une dizaine d’années.

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