Les Chinois en Afrique : où sont-ils ? Que font-ils ?

Par Jeune Afrique

Cérémonie d'inauguration de la Société de Raffinage de Zinder, au Niger. © Djibo Tagaza/JA

La présence chinoise en Afrique explose, ce n'est un secret pour personne. Dans un récent rapport sur la diaspora chinoise, le Conseil au commerce extérieur de la France détaille notamment leur présence sur le continent. Investissements, taille des diasporas, tout est là.

L’organisation des Conseillers au commerce extérieur de la France (CCEF) vient de publier un rapport sur la présence et l’influence chinoise hors du territoire de la grande Chine (qui inclut Hong Kong et Macao). « L’idée de lancer une vaste étude sur la Chine est venue au cours d’une réunion des CCEF organisée à Alger, explique Christian Granier, rédacteur de l’étude intitulée « La Chine hors les murs », publiée fin février. Les conseillers d’Algérie faisaient état d’une concurrence intense, d’une stratégie organisée et concertée des entreprises chinoises et du gouvernement chinois pour s’imposer sur le marché algérien.

En effet, depuis l’adoption par le gouvernement chinois du mot d’ordre « Go Global » en 2002, les entreprises chinoises se sont fortement internationalisées. L’Afrique n’a pas échappé à ce mouvement vers l’extérieur et représente aujourd’hui 15% des investissements de la Chine dans le monde. Le continent a vu la masse des investissements chinois augmenter à tel point que les flux entrants y ont doublé en quatre ans et le stock quadruplé. La présence chinoise en Afrique s’est considérablement renforcée et le premier forum sur la coopération Chine Afrique (Focac) s’est tenu en octobre 2000. Il se tient depuis tous les trois ans, alternativement en Chine et en Afrique.

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Mécanismes de la présence chinoise

L’influence de la Chine sur le continent s’est d’abord limitée à l’obtention de ressources agricoles, minières et énergétiques puis à celle de marchés publics importants.

Le rapport note que les acteurs économiques et politiques chinois ont mis en place un ensemble d’aides et de système de troc avantageux.

Dans une seconde étape plus récente, la Chine a encouragé la délocalisation de certaines de ses industries de main d’oeuvre dans les pays d’Afrique prometteurs – l’Éthiopie est souvent citée en exemple de ce mouvement – et l’installation de centres de distribution de produits dans des zones de desserte facile.

Interrogé par Jeune Afrique, Christophe Granier explique que « les investissements chinois répondent aux trois critères habituels que sont la sécurisation des approvisionnements, les débouchés commerciaux et la délocalisation ».

Opposition

Derrière ces aspects indéniablement positifs pour le continent, la présence grandissante des Chinois est de moins en moins acceptée. « Les cercles intellectuels et économiques africains dénoncent la technique du prix d’appel, qu’ils considèrent comme une copie des pratiques occidentales alors qu’elle s’inscrit dans une longue tradition chinoise.

De leur côté, les populations locales se plaignent régulièrement de conditions de travail dégradées, surtout dans les entreprises privées. Christophe Granier insiste pourtant sur la décentralisation de ce phénomène : « Une grande partie de la diaspora chinoise est le fait d’entrepreneurs individuels. Ce n’est pas une politique décidée au niveau du gouvernement et qui risque de porter dommage à la Chine ».

Afrique du Nord et de l’Est prioritaires pour la Chine

En Afrique du Nord, l’implantation économique chinoise se développe tout particulièrement en Algérie et en Égypte. En Afrique subsaharienne, les principaux pays concernés sont l’Afrique du Sud, l’Angola et la Zambie. Mais l’Éthiopie connaît une très forte croissance de la présence chinoise, notamment avec l’installation de nombreuses entreprises manufacturières. Le Mozambique constitue aussi une priorité, notamment pour la sécurisation future des approvisionnements de l’Empire du Milieu en hydrocarbures.

Le développement en Afrique de l’Est constitue une priorité pour la Chine car elle lui permet de parachever sa stratégie du « collier de perle », mise au point dans le but de garantir la sécurité de ses voies d’approvisionnement maritimes. La Chine trouve également dans cette sous-région un terrain favorable à l’implantation de centres de production à vocation continentale ou mondiale. Elle a notamment encouragé financièrement le projet de 25,5 milliards de dollars destiné à mettre en place un corridor entre le Soudan du Sud, l’Éthiopie et le port de Lamu, au nord du Kenya.

En Afrique de l’Ouest comme ailleurs, l’accès aux ports reste un objectif majeur pour la Chine

Plus au sud, en Tanzanie, la Chine impulse aussi la construction du port de Bagamoyo, appelé à devenir l’une des principales porte d’entrée vers l’Afrique sur la côte orientale. La Zambie, qui accueille quelque 80 000 ressortissants chinois, représente le troisième plus important pays d’accueil du continent.

Le pays a été le théâtre de la première grande réaction anti-chinoise en Afrique, incitant la Chine à annuler des dettes et à offrir des infrastructures humanitaires, notamment des hôpitaux.

Présence restreinte en Afrique de l’Ouest, beaucoup plus large en Afrique du Sud

L’ouest du continent se caractérise par une présence chinoise encore très restreinte, du moins au niveau de la population, souligne l’étude. La sous-région fait néanmoins l’objet d’expériences prudentes de montée en puissance, que ce soit dans les pays riches en ressources minières (Niger) et agroalimentaires (Côte d’Ivoire) ou représentant des marchés importants pour les produits chinois à l’instar du Nigeria ou du Ghana. Comme ailleurs, l’accès aux ports reste un objectif majeur pour la Chine.

L’Afrique centrale, extrêmement riche en ressources énergétiques, forestières et minérales, attire les investisseurs publics chinois depuis de longues années. Le pays est notamment très présent en RD Congo, où des entreprises privées traitent une grande partie du cuivre produit au Katanga. D’autres sociétés sont directement impliquées dans la production de cuivre à l’instar de Minmetals depuis le rachat du canadien Anvil, ou encore Jinchuan suite au rachat du sud-africain Metorex. Autre grande implication de la Chine, les fameux contrats ressources contre infrastructures de 2007, d’un montant de 6 milliards de dollars.

Au Gabon, la Chine a connu des déboires dans ses investissements, que ce soit celui de Sinopec via la société pétrolière Addax ou celui dans le gisement géant de fer de Belinga. Le Tchad intéresse tout particulièrement la Chine pour ses réserves de pétrole. Là encore, les relations sont complexes.

En Afrique du Sud, le rapport note que les Chinois, arrivés plus tard que les Indiens et présents en moins grand nombre, représentent aujourd’hui une large communauté de commerçants et petits industriels. Chiffrée il y a cinq ans à 200 000 personnes, cette communauté se monte aujourd’hui à 350 000 membres.

L’intégration du pays d’Afrique australe dans le club des Brics n’a fait qu’accélérer cette dynamique. Quelques opérations majeures illustrent les liens économiques grandissant entre les deux pays : le rachat de 20% du capital de Standard Bank par ICBC en 2007 pour 5,6 milliards de dollars, l’investissement de 245 millions de dollars du fonds souverain CIC dans le holding financier Shanduka pour 25% du capital ou encore l’investissement de 100 millions de dollars du constructeur automobile FAW pour la construction d’une usine.

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