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Enquête au coeur des ténèbres

Écrit par Nicolas Michel

Selon Amnesty International, l'armée éthiopienne serait coupable de nombreuses exactions à Mogadiscio.

Guled a 32 ans et (sur)vit à Mogadiscio. Des horreurs, il en a vu plus que ne peuvent le supporter ses jeunes yeux. Ses voisins ont été abattus. Des hommes égorgés « comme des chèvres », les testicules tranchés, ont été abandonnés baignant dans leur sang en pleine rue. Sa voisine a été violée par vingt soldats éthiopiens un jour où son mari était absent du domicile.
Si l’on en croit le rapport d’Amnesty International (www.amnesty.org) rendu public le 6 mai et riche en témoignages de ce genre, la situation en Somalie est loin de s’améliorer. Rapide vainqueur des Tribunaux islamiques à la fin de décembre 2006, l’armée éthiopienne, confrontée à une guérilla urbaine quotidienne, s’est rendue coupable de nombreuses exactions, n’hésitant pas à violer, torturer, emprisonner et exécuter sans jugement. « Les dégâts et destructions décrits par des témoins à Amnesty International laissent penser que nombre de ripostes éthiopiennes à des attaques des groupes armés étaient disproportionnées », affirme le rapport. En 2007, quelque 6 000 civils auraient été tués et 600 000 personnes déplacées. Selon Amnesty, le gouvernement fédéral de transition comme la Mission de maintien de la paix de l’Union africaine (Amisom) n’ont pas les moyens de protéger la population.
L’Amisom, pour l’instant composée de 3 300 soldats ougandais et burundais, n’a pas la capacité ni le mandat nécessaire pour protéger les civils. Le Premier ministre éthiopien, Mélès Zenawi, qui bénéficie du soutien appuyé des États-Unis, a annoncé à plusieurs reprises que son armée n’avait pas pour objectif de rester à Mogadiscio. Son gouvernement nie, bien entendu, l’ensemble des accusations contenues dans le rapport. Même si ses soldats s’embourbent de plus en plus dans un pays dont la désintégration se poursuit depuis la chute de Siad Barré, il y a dix-sept ans.

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