Mengistu, pour l’exemple

Écrit par Cheikh Yérim Seck

« Etant donné l’âge de l’accusé et son état de santé, le tribunal a rejeté la demande du parquet de le condamner à mort et s’est prononcé pour la réclusion à perpétuité. » Telle est la sentence prononcée le 11 janvier par la Haute Cour fédérale d’Addis-Abeba, au terme d’un procès qui aura duré pas moins de douze ans. Le condamné n’est autre que Mengistu Haïlé Mariam, qui régna d’une main de fer sur l’Éthiopie de 1977 à 1991. Sans nul doute l’un des pires dictateurs que l’Afrique ait connus depuis les indépendances. Une cinquantaine de ses ex-collaborateurs ont eux aussi écopé de la prison à vie. La plupart d’entre eux étaient jugés par contumace. Le parquet, qui estime insuffisantes les peines prononcées contre les responsables des innombrables fléaux qui se sont abattus sur cet infortuné pays (famine, guerre civile, faillite économique, terreur, violations systématiques des droits de l’homme) a fait appel.
Dès l’annonce de la décision de la Haute Cour, le Zimbabwe, qui, depuis sa chute, offre à l’ex-« Négus rouge » un asile doré, a réitéré sa décision de ne pas l’extrader. Officiellement, il n’est que l’« invité spécial » du régime. Dans les faits, il joue le rôle de « conseiller stratégique » de Robert Mugabe, l’homme fort du pays. En souvenir de l’appui qu’il apporta jadis aux « camarades » qui luttaient pour l’indépendance de l’ex-Rhodésie, Mengistu bénéficie d’une protection rapprochée digne d’un chef d’État, dispose d’une demi-douzaine de voitures de luxe et vit avec femme et enfants tantôt dans une somptueuse villa dans le quartier chic de Gunhill, à Harare, tantôt dans ses fermes à Mazowe et à Norton.
Si la décision qui le frappe a toutes chances de ne pas être appliquée, au moins tant que Mugabe restera aux commandes de son pays, elle n’en possède pas moins une forte charge symbolique et une valeur thérapeutique certaine pour les millions de victimes de Mengistu. Le bilan de celui-ci parle de lui-même : un demi-million de morts, des centaines de milliers de déplacés, plus de deux cents villages rasés, 1,5 million de personnes touchées par une atroce famine

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