Transferts d’argent : un gisement inexploité

Par Jeune Afrique

Les frais d'envoi vers le continent sont de 12%, contre 6% vers le reste du monde. © WikiCommons

Parce que les coûts de transfert sont trop élevés, 40 % des envois d'argent passent par le secteur informel. Une manne perdue pour les institutions financières.

Dans certains pays, les transferts internationaux peuvent représenter près du tiers du PIB. D’après la Banque mondiale, les plus importants bénéficiaires de ce système en 2011 sont le Lesotho (28,5 % du PIB), le Togo (10,7 %), le Cap-Vert (9,4 %), le Sénégal (9,3 %) et la Gambie (8,2 %). Les Africains vivant à l’étranger – 30 millions, soit environ 3 % de la population continentale -, ont envoyé au total 60 milliards de dollars (45,4 milliards d’euros) en 2012.

Mais peu d’études détaillées permettent de mesurer l’ampleur du phénomène, notamment en raison des transactions effectuées en dehors du secteur bancaire. « En tenant compte des canaux informels, le véritable montant des remises à destination du continent avoisine les 100 milliards de dollars », estime Donald Terry, professeur à l’université de droit de Boston.

Western Union et MoneyGram détiennent deux tiers du marché. La concurrence est trop faible.

Dès lors, le défi pour les banques et les gouvernements africains consiste à convaincre les émigrés de délaisser le système D au profit du réseau bancaire, ou des entreprises spécialisées dans les envois internationaux d’argent. Ce qui relève de la gageure dans les pays où le taux de bancarisation de la population reste faible.

Frais

L’obstacle est d’autant plus important que les frais de transfert demeurent élevés. Selon la Banque africaine de développement (BAD), alors que les coûts moyens mondiaux d’envoi de fonds sont de l’ordre de 6 % de la somme envoyée, ceux concernant l’Afrique subsaharienne frôlent les 12 %. Ils sont encore plus importants lorsqu’il s’agit de transferts intra-africains. Pour preuve, les frais d’envoi d’argent depuis la Tanzanie vers le Kenya atteignent 20 %.

Selon le think tank britannique Overseas Development Institute, cette situation s’expliquerait notamment par un manque de concurrence. Western Union et MoneyGram détiennent plus des deux tiers du marché des transferts vers l’Afrique. La réduction des frais présenterait pourtant un intérêt majeur pour la diaspora, mais aussi pour les banques, qui, en captant une partie de cet argent, pourraient mécaniquement octroyer davantage de crédits. Consciente de ces enjeux, l’Union africaine soutient la fondation d’un institut spécialisé dans le suivi des transferts de fonds au Kenya à l’horizon 2015.

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Initiatives

Certains pays ont également déployé des initiatives dans ce domaine. En 2012, le Ghana a créé un registre des transferts internationaux sur la base des informations transmises par les banques et les entreprises de transfert. Le projet prévoit maintenant la mise en ligne de ces données afin de permettre de comparer les prix et de les faire baisser.

Les banques pourraient elles aussi tirer parti de ce contrôle des transferts aux particuliers en s’appuyant sur ces informations pour estimer si ces derniers sont éligibles à un crédit. Ce qui les inciterait à faire davantage appel aux moyens bancaires.

D’autres approches pourraient montrer la voie aux États africains. Depuis 2009, le Pakistan subventionne les coûts de transfert auprès des banques. Cette mesure a permis une croissance constante des envois (environ 10 % par an), qui ont atteint 13,9 milliards de dollars en 2013. L’initiative a toutefois un prix : en mars, le gouvernement a fait un chèque de 97 millions de dollars aux banques.